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La grande dynamique de l’inflation

Source: Le Temps

Il fut un temps où certains prétendaient que l’assouplissement quantitatif (QE, ou quantitative easing en anglais) allait porter l’inflation à des niveaux inquiétants dans des pays comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Aujourd’hui, ils se renieraient peut-être. A l’époque, deux raisons amenaient à douter de ce scénario. D’abord, l’économie mondiale regorgeait de capacités encore inutilisées; et ensuite, les inquiétudes quant à l’impact inflationniste du QE reflétaient une cerataine incompréhension du mécanisme de transmission monétaire.

Cette conception erronée était fondée, à tort, sur la base monétaire, et non sur l’ensemble de la masse monétaire disponible à l’échelle de l’économie réelle. Si des milliers de milliards de nouvelles réserves ont été imprimées au sein du système bancaire, la réduction des bilans des banques et le processus massif de désendettement ont cependant restreint la création monétaire dans des proportions plus importantes.

Indicateurs à observer

Les achats d’obligations bancaires réalisés par les banques centrales n’ont pas eu pour effet d’accroître directement le patrimoine des ménages ou des entreprises. Ce processus ne pouvait avoir d’impact sur l’inflation au-delà de ses effets indirects sur le prix des actifs et la confiance.

Il n’était donc pas nécessaire de s’inquiéter de la hausse des prix à la consommation avant que trois critères ne soient remplis: le plein-emploi, des prix d’actifs élevés et des conditions de crédit nettement plus souples.

undefinedDifficile d’imaginer une accélération de l’inflation sans un resserrement du marché du travail engendrant des tensions sur les salaires. Des prix d’actifs plus élevés étaient un prérequis, de sorte que le QE et les taux d’intérêt faibles puissent fonctionner. Un système bancaire plus sain était enfin nécessaire pour assurer l’offre de crédit et lever le frein qui entravait l’ensemble de la masse monétaire.

L’économie américaine remplit désormais ces trois critères. Le taux de chômage est tombé à 4,5% en mars 2017 et la croissance des salaires s’accélère; le ratio du patrimoine net des ménages par rapport à leur revenu atteint des plus hauts historiques; et le crédit et la masse monétaire affichent une progression soutenue depuis quelque temps déjà.

Toutefois, si l’on estime que l’inflation comporte un aspect cyclique, la probabilité qu’elle atteigne, voire dépasse l’objectif de la Fed sur une assez longue période, n’a jamais été aussi importante depuis dix ans. Ce raisonnement s’applique si l’on conçoit l’inflation dans les termes classiques d’écart à la production, voire de cadre monétariste.

Distinguer le cyclique du structurel

Le problème de cette analyse est que son fondement ne repose que sur des facteurs cycliques: elle ne tient pas compte de certaines tendances structurelles à long terme qui sont des forces déflationnistes incroyablement puissantes. Le consensus politique promarché et promondialisation apparu à la fin des années 1970, et conforté après la chute du communisme, a largement contribué à vaincre l’inflation dans les économies développées.

L’accroissement de la concurrence internationale et la rapidité des progrès technologiques ont engendré une dynamique extrêmement désinflationniste. Plus récemment, le vieillissement des populations et la hausse des niveaux d’endettement ont exercé de nouvelles pressions. Les banques centrales ont incontestablement contribué à la baisse de l’inflation tout au long des années 1980.

Du point de vue des technologies, de la démographie et des niveaux de dette, il semble peu probable que la situation puisse changer. On peut même penser que l’accélération de la croissance de la demande va pousser les entreprises à investir encore plus dans des technologies d’amélioration de la productivité.

Les régimes politiques, en revanche, sont beaucoup plus incertains, et c’est de là que le choc pourrait partir. Avec le succès grandissant du populisme, le revirement global contre la mondialisation ou l’abandon des politiques monétaires/budgétaires classiques deviennent des issues plausibles.

Ce sont les tendances structurelles de l’inflation qui expliquent la performance robuste des actions et des obligations ces dernières décennies, ainsi que la corrélation négative entre ces classes d’actifs sur des horizons de temps courts. Pourtant, à voir les rendements actuels des emprunts d’Etat des marchés développés, il semble que le potentiel de performance soit limité. En attendant, les rendements des emprunts d’Etat du G7 sont négatifs en termes réels, alors que les risques d’inflation cyclique s’accroissent potentiellement.

La zone euro gagnée par l'"europhoria"

La zone euro affiche une croissance plus forte que celles de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Les pays qui ont fait des réformes s’en sortent mieux. Mais le continent revient de loin et il en faudra davantage pour résorber un chômage encore extrêmement élevé

Comme nous le mentionnions plus haut, les Etats-Unis devaient caracoler en tête des pays développés, avec une croissance requinquée par l’effet Trump. Sauf que le coup de pouce ne va pas allé plus loin que les marchés financiers. Et que côté croissance, une fois n’est pas coutume, c’est la zone euro qui mène, avec bien plus de vigueur qu’attendu. C’est la surprise de 2017.

Après une année 2016 jugée solide, la zone euro a vu son produit intérieur brut (PIB) progresser de 0,6% au premier trimestre. C’était plus qu’aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Mais, surtout, c’est une étape symbolique: en moyenne, les pays de la monnaie unique ont retrouvé leur niveau d’avant la crise.

Même la Grèce repart

Et la dynamique semble s’être installée. Les chiffres du deuxième trimestre, qui doivent être publiés vendredi, devraient le confirmer. L’inflation donne des signes de vie, tandis que le chômage est à son plus bas niveau en huit ans en moyenne dans la zone euro. Cette année, ces pays devraient croître de 1,7%, selon la Commission européenne et aussi selon le consensus des économistes. Soit deux fois plus que son potentiel de croissance, qui représente le niveau qu’une économie peut atteindre en fonction de ses caractéristiques et de ses conditions-cadres.

Même la Grèce, après une année de stagnation, devrait de nouveau sentir les effets de la croissance en 2017 (+2,1%). Parmi les pays qui ont le plus subi la crise de l’euro, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande et un grand nombre de pays de l’Est devraient tous dépasser les 2%. Une évolution attribuée à un mélange de pétrole pas cher et d’euro faible, de crédits bon marché et d’une austérité moins forte, qui ont permis à la zone euro de ne plus être à la traîne, et même de prendre de l’élan. A cela, il faut ajouter "la dynamique positive en Chine et aux Etats-Unis qui a donné un coup de fouet aux exportations, tandis que la politique expansionniste de la Banque centrale européenne (BCE) continue de soutenir la région", explique Belal Mohammed Khan, responsable d’investissement pour la région à HSBC Private Bank.

Economie "incroyablement solide"

Au point que la presse anglo-saxonne parle d’"europhoria", contraction d’euphorie et d’euro, qui fait presque oublier que le chômage, particulièrement des jeunes, reste une préoccupation majeure et que les difficultés des banques, italiennes surtout, restent une menace pour la stabilité de la zone.

L’euphorie semble même avoir atteint les rangs de la BCE, pourtant peu connue pour ses débordements d’enthousiasme. Son chef économiste, le Belge Peter Praet, a ainsi parlé de rebond "incroyablement solide" d’une économie qui "a montré une remarquable résistance aux chocs externes". Signe que la reprise s’est propagée dans tous les coins de la zone, la dispersion – qui mesure l’écart des taux de croissance de chaque pays et secteur – n’a plus été aussi faible depuis deux décennies, a-t-il expliqué dans un discours prononcé fin mai en Bulgarie.

Ceux qui réforment, et les autres

Certains pays s’en sortent pourtant mieux que d’autres. Il n’y a pas de miracle: ce sont "ceux qui ont mis en place les réformes structurelles", souligne Marie Owens Thomsen, cheffe économiste à la banque Indosuez Wealth Management. Il n’est donc pas anodin que l’Espagne fasse partie des pays les plus dynamiques aujourd’hui, poursuit-elle. A l’inverse, l’Italie (0,9% en 2016 et 2017) et la France (1,2% et 1,4%) sont moins en verve. L’Allemagne devrait voir son économie, la plus grande de la zone, progresser de 1,6% cette année, après 1,9% l’an dernier.

C’est aussi le signe que, "contrairement aux idées reçues, les réformes structurelles ne mettent pas nécessairement longtemps à porter leurs fruits. Certaines mesures ont même un effet immédiat et peuvent ainsi se traduire rapidement par de la croissance", ajoute-t-elle en excluant le domaine de l’éducation où, là, il faut une génération pour en voir les bienfaits. "L’Espagne, comme l’ensemble de la zone euro, devra continuer les réformes si elle veut voir sa croissance rester au-dessus de son potentiel", ajoute Marie Owens Thomsen. Belal Mohammed Khan ajoute: "Dans certains pays, des défis persistent, comme la gestion de la dette, le déficit du compte courant, etc. Beaucoup de nettoyage reste à faire."

Surtout, ce ne sont pas les derniers trimestres de croissance qui ont résolu le problème du chômage. Ce dernier, même en baisse, reste à des niveaux inquiétants. En Espagne, il devrait reculer à 18,2% cette année et à 40,5% pour les jeunes, en Italie à 11,7% et 34,1% et en France à 10,1% et 23,7%, parmi les cas les plus préoccupants. Par comparaison, ces taux sont de 3,9% et 6,7% en Allemagne. "Le chômage est un sujet complexe, qui dépend de facteurs locaux. Mais, de manière générale, ce domaine n’a pas reçu assez d’attention de la part des politiques ces dernières années, et il faudra un temps considérable pour que cela s’améliore", poursuit l’expert de HSBC. Et encore des trimestres et des trimestres de croissance.

La Suisse en profite

Presque 57% des exportations helvétiques sont vendues aux voisins européens. Si elle se confirme, la reprise en zone euro pourrait enfin affaiblir le franc

En dépit de la dynamique américaine et de leur volonté de se diversifier en Asie, les exportateurs helvétiques restent dépendants de la santé de leurs voisins les plus directs. Ils gagnent 57 francs sur 100 en Europe, dont 44 francs en zone euro. Du coup, à l’heure où l’Europe se relève, la Suisse en bénéficie pleinement.

Avant de marquer une pause au mois d’avril, les envois de marchandises suisses vers les 19 Etats membres de la zone euro ont progressé de 7,9% au premier trimestre.

Un effet multiplicateur

Quand l’Europe va mieux, la Suisse va encore mieux, comme l’explique l’économiste de Credit Suisse, Claude Maurer. Concrètement, lorsque le PIB de la zone euro augmente de 1%, les exportations suisses y progressent de 2,5%. Cet effet multiplicateur existe "parce que les Suisses exportent surtout des biens de luxe et de haute technologie", précise-t-il.

Mais ce lien direct avec les exportations n’est pas le seul bénéfice que la Suisse tire de la reprise européenne. Il y a aussi l’espoir naissant que "le franc suisse finisse par baisser par rapport à l’euro, si la Banque centrale européenne commence à normaliser sa politique monétaire".

Il est entendu que la Banque nationale suisse (BNS), de son côté, conservera volontairement un temps de retard sur la remontée de taux en zone euro. Ce décalage devrait suffire – c’est en tout cas la stratégie de la banque centrale – pour que le franc se déprécie face à une monnaie européenne qui serait plus rémunératrice.

Un franc moins fort renforcerait la compétitivité des entreprises suisses. Et pas seulement vis-à-vis de la zone euro. L’agenda? Certains misent sur un premier geste de la BCE en 2018. Une perspective lointaine et incertaine mais qui suffit à générer de la confiance, affirme Claude Maurer.

Un miroir européen

En attendant, tous les pays européens n’apportent pas le même soutien à une Suisse qui en a bien besoin, à l’heure ou la consommation de ses ménages et de son secteur public ralentit. L’Allemagne, comme toujours, reste le principal moteur de cette reprise des échanges commerciaux. Au premier trimestre, ce sont plus de 10 milliards de francs de marchandises qui sont passées outre-Rhin. Une hausse de 12% en une année. Vers l’Italie, la France ou l’Espagne, les exportations ont augmenté de 4 à 8%.

"L’évolution des exportations suisses vers chaque pays est un miroir assez précis de la santé économique de chacun." Si l’on regarde l’Europe à travers le prisme évoqué par Claude Maurer, l’Allemagne va très bien, l’Espagne va bien et l’Italie va moins bien.

Argument pour/contre et coût d’AVS-plus

undefinedSource: ats, L'Hebdo et 24Heures

Le 25 septembre, le peuple devra se prononcer une nouvelle fois sur l'assurance vieillesse et survivant (AVS). L'initiative des syndicats alliés à la gauche veut relever les rentes de 10%. Mais la droite rejette une solution trop onéreuse tandis que le Conseil fédéral préfère sa propre réforme. Réformer l'AVS? L'idée n'est pas neuve, et revient à intervalles réguliers. Si personne n'en conteste la nécessité, chacun préfère sa recette, dans une opposition classique entre la gauche et la droite.

Renforcer l'AVS

Les syndicats, la gauche et plusieurs organisations de salariés proposent, avec l'initiative populaire "AVSplus: pour une AVS forte", de relever les rentes de 10%. Le coût total s'élèverait à 4 milliards de francs.

Comme solution de financement, les initiants envisagent une hausse de 0.4% de cotisation de la part des salariés et autant des employeurs. Un retraité vivant seul recevrait ainsi entre 1400 et 2800 francs de plus par année et un couple 4200 francs. La gauche et les syndicats estiment que c'est là le seul moyen pour compenser les pertes de rentes dans le 2e pilier (à moins d’accroître la prise de risque). La crise financière met en effet la prévoyance professionnelle dans une situation difficile.

Les caisses de pension baissent les taux de conversion, ce qui réduit les futures rentes. Aujourd'hui il y a un peu plus de 2 travailleur pour un retraité, alors qu'en 1970, ils étaient 4. La prévoyance vieillesse ne permet donc plus aux retraités de maintenir un niveau de vie approprié, comme le stipule la constitution, relève l'Alliance pour une AVS forte. Les femmes seraient les premières bénéficiaires de l'initiative.

Réformer globalement

Pas de quoi allécher la droite. Réunie en un large comité, elle fait la grimace et craint la charge pour l'économie. L'augmentation de la rente s'ajouterait au déficit dont souffre déjà l'AVS, lequel atteindrait 12.5 milliards de francs à l'horizon 2030. Et pas question de le combler en relevant le montant des cotisations, précisent les opposants. Cette idée, qualifiée d'irresponsable, pèserait sur les épaules des jeunes générations.

L'initiative pourrait aussi péjorer la situation de certains rentiers: environ 7% d'entre eux perdraient de l'argent, selon les calculs de l'Office fédéral des assurances sociales. Le camp bourgeois tout comme le Conseil fédéral préfère miser sur le projet de prévoyance vieillesse 2020 d'Alain Berset. Celui-ci englobe premier et deuxième piliers.

Pour le conseiller fédéral socialiste, sa réforme est "équilibrée et garantit un financement à long terme". Actuellement discuté au Parlement, le projet est mis sous pression par l'initiative. Il prévoit le relèvement de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, un financement complémentaire de l'AVS par une augmentation maximale de la TVA de 1.5 point et un abaissement du taux de conversion à 6%.

Zoom sur les coûts

L’argument majeur des opposants à l’initiative AVS-plus est son coût. Celui-ci sera de 4 milliards dans l’immédiat et atteindra 5.5 milliards en 2030. A cela il faut ajouter le renforcement de l’AVS qu’il faudra de toute manière effectuer (7 milliards) pour une facture totale avec l’initiative de 12.5 milliards de francs d’ici à 2030.

Voilà qui semble énorme, mais rappelons qu’à l’échelle d’un pays les chiffres à plusieurs zéros sont très courants. Mettons les choses en perspective: le produit intérieur brut se montait à 639 milliards en 2015 et devrait atteindre 850 milliards en 2030 si nous extrapolons les projections du SECO. L’initiative AVS-plus coûtera donc 0.63 pourcent du PIB dans l’immédiat (= 4 / 639) et 0.65 pourcent d’ici à 2030 (= 5.5 / 850). Les 12.5 milliards du coût de l’initiative et du renforcement déjà prévu représenteront eux 1.47 pourcent du PIB en 2030.

Ce coût n’est pas négligeable, mais il ne représente de loin pas un fardeau qui briserait les reins de notre économie. La question n’est donc pas de savoir si nous pouvons payer AVS-plus, mais bien si nous le voulons. Si le peuple dit "oui" à l'initiative, elle devra être appliquée d'ici 2018. Un calendrier serré qui aura des conséquences directes sur le projet, selon Alain Berset. Il devrait être rapidement remanié afin d'être rendu conforme.

Pour aller plus loin

Brexit et économie mondiale: réaction à chaud

undefinedLes principales Bourses européennes plongent vendredi à l'ouverture d'environ 10% à Paris, et pourraient connaître leur plus forte chute en pourcentage sur une séance. Le choc provoqué par le vote des Britanniques en faveur d'une sortie de l'Union européenne fait également dévisser la livre sterling et secoue l'ensemble des marchés mondiaux.

La saignée est générale en Europe, en premier lieu sur le secteur des banques (-14%), de l'assurance et du tourisme (-12% chacun). A l'inverse, les investisseurs se ruent sur les valeurs refuges comme les obligations d'Etat allemandes, le yen, le franc suisse ou l'or.

L'or bondit à son plus haut niveau

Vers 03H50 GMT (05H50 à Paris), alors que les dépouillements commençaient à pencher en faveur du "Brexit" (pour "British Exit") gagnant, le cours de l'once de métal jaune est monté jusqu'à 1'359 dollars, son niveau le plus fort depuis début 2014, un bond d'environ 8% par rapport au début de journée sur les marchés asiatiques.

Le choc est tel qu'il pourrait contraindre la Réserve fédérale américaine à renoncer à ses projets de hausse des taux cette année, voire inciter les grandes banques centrales dans le monde à prendre de nouvelles mesures d'assouplissement monétaire pour soutenir l'économie.

Garantir la stabilité monétaire

La Banque nationale suisse (BNS) est intervenue sur le marché des changes en vue de stabiliser la situation après la victoire du Brexit, a-t-elle indiqué vendredi dans une prise de position. Le résultat du référendum a provoqué des pressions à la hausse sur le franc. L'euro est passé en début de journée sous la barre de 1.10 franc, son plus bas depuis une année.

Concrètement, un dispositif scellé en 2013 entre les banques centrales du Canada, d'Angleterre et du Japon, ainsi que la Banque centrale européenne (BCE), la Banque nationale suisse (BNS) et la Réserve fédérale américaine se tenaient prêts à être activées pour fournir des liquidités et éviter un assèchement. Une accessibilité facilitée à certaines devises comme le dollar pourrait constituer un filet de sécurité important.

Le gouverneur de la Banque d'Angleterre (BoE) Mark Carney a déclaré vendredi que l'institution était prête à injecter 250 milliards de livres (326 milliards d'euros) de fonds additionnels afin d'assurer des liquidités suffisantes pour le fonctionnement des marchés suite à la victoire du Brexit. La Banque centrale européenne (BCE) se tient également prête à injecter des liquidités en euros et en devises si nécessaire pour stabiliser les marchés financiers, a-t-elle déclaré vendredi.

source de l'article: rts, jgal/fme; source de l'image: nasdaq.com

Pourquoi un tiers des Genevois ne paie pas d’impôts

Source: tdg

Plus d’un tiers de la population imposable ne paie pratiquement pas d’impôts à Genève. Cette proportion, importante, est en constante progression comparativement aux autres cantons, et notamment au canton de Vaud, où ce taux s’élève à 23%. Depuis 2003, la part des personnes exonérées d’impôts à Genève est passée de 28% à plus de 34% aujourd’hui. C’est à se demander si le système tourne bien rond.

Au total, 93'219 personnes échappent à l’impôt, parmi lesquelles plus de 78'000 travailleurs dont les revenus sont insuffisants, selon les lois fiscales, pour être imposables. Un contribuable marié avec deux enfants et un revenu brut de 77'380.- ne paiera pratiquement pas d’impôts s’il est le seul à travailler. Un seuil qui descend à 49'780.- dans le canton de Vaud.

Privilégier les familles

Un couple marié avec deux enfants disposant d’un revenu brut de 80'000.- ne verse par exemple que 348.- à Genève, contre 3'930.- à Lausanne. La même famille disposant d’un salaire brut de 125'000.- débourse 7'079.- contre 13'527.- dans la capitale vaudoise. Une différence qui est loin d’être anecdotique quand on connaît le montant colossal de la dette de l’Etat de Genève (13 milliards en 2014).

Mais comment expliquer cette situation propre à Genève? "Les barèmes de l’impôt sont historiquement bas pour les petits revenus", explique Roland Godel, porte-parole du Département des finances. De plus, un certain nombre de réformes ont permis, en 2010, d’alléger la charge fiscale pour les familles. Car Genève est aussi l’un des cantons où le coût de la vie, notamment celui des logements et de l’assurance-maladie, est l’un des plus élevés du pays. Avec la modification de la loi, le couple n’est désormais plus considéré comme une seule entité mais comme deux personnes séparées, ce qui fait baisser l’impôt.

Les célibataires et les contribuables aisés durement ponctionnés

Les personnes vivant seules avec deux enfants et un revenu brut de 150'000.- sont aussi moins ponctionnées à Genève qu’à Lausanne: 12'173.- contre 16'267.-. Si Genève épargne les familles, il n’a par contre aucune pitié pour les célibataires et les contribuables aisés. Une personne vivant seule avec un revenu brut de 80'000.- paiera par exemple plus de 10'000.- d’impôts.

Genève est champion toutes catégories pour sa clémence envers les familles, mais le canton est également champion en matière d’écart de contributions: 1% de la population paie 68% de l’impôt (lire ci-dessous). De quoi faire grincer des dents Lionel Halpérin (PLR), membre de la Commission fiscale. Pour le député, tout le monde devrait être concerné. "Une des pistes consisterait à instaurer un seuil minimal qui s’applique à tous, même à ceux qui ont peu de moyens. On pourrait penser à un impôt symbolique." Il en existe pourtant déjà un, l’impôt personnel, qui s’élève à 25.- par personne et par an.

Etat sous perfusion

La question des contribuables non imposés préoccupe également Romain de Sainte Marie (socialiste), député et membre de la Commission fiscale: "Le problème? Nous vivons sous perfusion. Les grandes fortunes contribuent fortement à l’impôt. Il faut trouver un moyen pour aplanir cette pyramide inversée." Toutefois, le député n’est pas convaincu par l’idée d’un impôt symbolique. Pour lui, la solution ne réside pas dans le fait de taxer les milieux précarisés. "Le risque avec une telle démarche, c’est que cette tranche de la population perde son pouvoir d’achat et que l’Etat soit obligé de lui verser des subsides."

Quant à Vincent Maitre (PDC), président de la Commission fiscale, il ne s’alarme pas. "Depuis dix ans, les recettes fiscales ont augmenté d’un tiers. Et l’impôt sur la fortune est, à Genève, l’un des plus élevés au monde. Selon moi, le problème vient des charges et non des recettes." Assujettis ou pas, tout le monde a pourtant accès aux mêmes services: hôpitaux, écoles, routes. Bien que le sujet ne soit pas encore sur la table de la Commission fiscale, le débat est ouvert.

Bras de fer fiscal gauche-droite

Le Cartel a calculé que les baisses d’impôts que les Genevois se sont octroyées depuis 1998 auraient permis de réduire la dette de Genève de 13 milliards aujourd’hui à moins de 4 milliards; "les impôts genevois ont augmenté moins vite, entre 2000 et 2010, que le produit intérieur cantonal (impôts: +36%, PIB: + 42%)".

Conséquence, la part des impôts genevois au PIB genevois est passée de 12 à 11%, soit une diminution de 4%. Or, 0,4 point du PIB genevois, lequel est évalué à 50 milliards, ça fait 200 millions. Voilà pourquoi les syndicats réclament une hausse d’impôts.

La droite brandit deux arguments à l’appui de son opposition à toute hausse de la fiscalité. Genève est le canton qui, avec Bâle-Ville, a déjà le train de vie le plus élevé de la Confédération. Les dépenses par habitant de ces deux cantons (y compris les dépenses de leurs communes) sont très significativement supérieures à celles des autres cantons suisses, dont Vaud et Zurich. L’autre crainte est qu’une pression fiscale accrue incite quelques très gros contribuables à quitter le territoire genevois.

Les données fiscales sur les personnes physiques imposées au barème ordinaire en 2011, que l’Office cantonal de la statistique a publiées en avril 2015, montre qu’à Genève huit contribuables sur dix ne paient au total que 24% des impôts. Le solde, soit 76% des recettes fiscales, est payé par 20% des contribuables.

Les entreprises en Suisse craignent une chute de la consommation

Source: ats

Les petites et moyennes entreprises suisses craignent avant tout une chute de la consommation. Leurs inquiétudes croissantes sont à mettre sur le compte de la faible inflation, selon un sondage de la Zurich Assurance.

Pour 43% des responsables de petites et moyennes entreprises (PME) en Suisse, la faiblesse de la demande des consommateurs représente le plus grand risque. Par rapport à 2014, ce chiffre est en augmentation de 13%, indique l'enquête publiée dimanche par l'assureur, réalisée auprès de 200 firmes.

La faute à l'absence d'inflation, qui a pour effet de retarder les achats. "Une faible inflation, voire une déflation, peut s’avérer problématique pour les perspectives commerciales", rappelle le chef économiste de Zurich, Guy Miller. Une baisse de la consommation grève les chiffres d’affaires et freine les investissements.

Pour rappel, sur l'ensemble de 2015, les prix en Suisse ont affiché un recul de 1,1% au regard de 2014. En décembre, ils ont diminué en moyenne de 0,4% en décembre par rapport à novembre, a indiqué vendredi l'Office fédéral de la statistique.

Nouveaux segments

Dans la liste des préoccupations, la forte concurrence vient au second rang (33%), franc fort oblige. Suivent les problèmes fiscaux (17%) puis les atteintes à la réputation et la perte de collaborateurs.

Les PME se voient contraintes de rechercher de nouvelles sources de croissance en diversifiant leur gamme de produits. 25% des sondés reportent leurs espoirs sur les nouveaux segments de clientèle et 22% misent aussi sur des conditions de crédit attractives.

Le franc suisse se renforce face à l'euro: pourquoi? avec quels effets?

inspiré par tdg / Thomas Thani - Zurich

En baisse depuis deux mois, le franc se revalorise

Alors que les milieux économiques étaient soulagés cet été de voir le franc perdre de sa valeur par rapport à l’euro en remontant autour de 1.10, le processus inverse est à l’œuvre actuellement: le franc s’est revalorisé fortement face à la monnaie européenne et valait 1.075 dans la soirée de vendredi, son plus haut niveau depuis deux mois.

Jeudi, tout en maintenant les taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) à leurs niveaux actuels, son président, Mario Draghi, a dit qu’elle allait "réexaminer" sa politique monétaire avant sa prochaine réunion du Conseil des gouverneurs en décembre. 

Effets d'anticipation visible sur les emplois

undefinedDeux grand groupes, spécialisés dans le transport et la logistique mettent en avant la force du franc face à l’euro pour expliquer une vague de licenciement: Rieter, société de plus de 5k employés, basée à Winterthour, générant un bénéfice supérieur à 50 million l'année passée (en hausse de 100% sur le premier trimestre de cette année), a annoncé jeudi la suppression de 200 emplois; annonce suivie par celle de DHL, filiale de Deutsche Post avec 2.5k employés en Suisse, qui annonçait vendredi étudier la possibilités de biffer jusqu’à 70 postes.

Employés Suisse a exprimé des craintes que cette vague de licenciements puisse se poursuivre dans l’industrie (secteur secondaire) après les élections fédérales, les patrons et les partis bourgeois ayant pris soin d'éviter cette thématique lors des votations.

Poursuite d'un programme européen à faible impact...

La BCE soutient actuellement l’économie de la zone euro avec des taux d’intérêt très bas, des prêts aux banques et un vaste programme d’achats de dettes publiques et privées, au rythme de 60 milliards d’euros par mois durant encore une année.

Il n’est maintenant pas exclu que ce programme s’étende au-delà, car les mesures prises par la BCE se sont montrées pour l’instant incapables de faire remonter l’inflation au niveau qu’elle vise, supérieur à zéro. Les prix ont toujours tendance à baisser en Europe, ce qui fait craindre un mouvement de recul en spirale avec une chute des salaires et du pouvoir d'achat (déflation).

La Chine s'en mêle aussi

Le dollar était par ailleurs prisé par des investisseurs en quête de sécurité (en autre face à la crise migratoire vécue en Europe) alors que la Banque centrale chinoise a abaissé aussi son taux directeur pour rendre les investissements plus attractifs (le loyer de l'argent étant moins coûteux). Les Bourses sur ces deux marchés ont atteint des sommets, en sachant que des sommes importantes vont continuer à y être investis.

La crise du Moyen-Orient et le risque mondial

undefinedsource: arretsurinfo

Parmi les risques géopolitiques actuels, aucun ne surpasse celui du long arc d'instabilité qui s'étend du Maghreb à la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan. Alors que le souvenir du printemps arabe s'éloigne de plus en plus, l'instabilité le long de cet arc s'aggrave. En effet, sur les trois premiers pays du printemps arabe, la Libye est devenue un État en déliquescence, l'Égypte est retournée au régime autoritaire et la Tunisie est économiquement et politiquement déstabilisée par des attaques terroristes.

La violence et l'instabilité de l'Afrique du Nord se répandent maintenant en Afrique subsaharienne, au Sahel (l'une des régions les plus pauvres du monde et à l'environnement le plus endommagé), maintenant aux mains du Jihad, qui s'infiltre également dans la corne de l'Afrique à l'Est. Et comme en Libye, les guerres civiles font rage en Irak, en Syrie, au Yémen et en Somalie, qui ressemblent de plus en plus à des États en déliquescence.

Les turbulences dans la région (que les États-Unis et leurs alliés, dans leur poursuite du changement de régime en Irak, en Libye, en Syrie, en Égypte et ailleurs, ont aidé à alimenter) compromettent également des États auparavant sûrs. L'afflux de réfugiés en provenance de Syrie et d'Irak déstabilise la Jordanie, le Liban et à présent même la Turquie, qui devient de plus en plus autoritaire sous le président Recep Tayyip Erdogan. Pendant ce temps, alors que le conflit entre Israël et les Palestiniens reste en suspens, le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban représentent une menace chronique de violents affrontements avec Israël.

Dans cet environnement régional instable, une grande lutte par procuration pour la domination régionale entre l'Arabie saoudite sunnite et l'Iran chiite se déroule violemment en Irak, en Syrie, au Yémen, à Bahreïn et au Liban. Et alors que le récent accord nucléaire avec l'Iran peut réduire le risque de prolifération, la levée des sanctions économiques contre l'Iran va fournir à ses dirigeants davantage de ressources financières pour venir en aide à leurs mandataires chiites. Plus à l'Est, l'Afghanistan (où le groupe renaissant taliban pourrait revenir au pouvoir) et le Pakistan (où les islamistes de ce pays constituent une menace de sécurité constante) risquent de devenir des États en semi-déliquescence.

Et pourtant, fait remarquable, alors même que la majeure partie de la région a commencé à s'embraser, les prix du pétrole se sont effondrés. Dans le passé, l'instabilité géopolitique dans la région a déclenché trois récessions mondiales. La guerre du Kippour de 1973 entre Israël et les États arabes a provoqué un embargo pétrolier qui a fait tripler les prix et a conduit à la stagflation (taux de chômage élevé plus inflation) de 1974-1975. La révolution iranienne de 1979 a conduit à un autre embargo et un choc pétrolier qui a déclenché la stagflation mondiale de 1980-1982. Et l'invasion du Koweït par l'Irak en 1990 a conduit à une autre flambée des prix du pétrole qui a déclenché la récession des États-Unis et du monde en 1990-1991.

Cette fois-ci, l'instabilité au Moyen-Orient est beaucoup plus grave et généralisée. Mais il ne semble pas y avoir de « prime de crainte » sur des prix du pétrole : au contraire, les prix du pétrole ont diminué brusquement depuis 2014. Pourquoi ? La raison la plus importante est peut-être que, contrairement à ce qui a eu lieu dans le passé, les troubles au Moyen-Orient n'ont pas causé un choc d'offre. Même dans les régions de l'Irak contrôlées désormais par l'État islamique, la production de pétrole se poursuit, avec une production clandestine vendue sur les marchés étrangers. Et la perspective que des sanctions sur les exportations de pétrole de l'Iran soient progressivement levées implique l'important afflux d'investissements étrangers directs visant à accroître la capacité de production et d'exportation. En effet, il y a une surabondance mondiale de pétrole. En Amérique du Nord, la révolution du gaz de schiste aux États-Unis, les sables pétrolifères au Canada et la perspective d'une plus forte production on-shore et off-shore de pétrole au Mexique (maintenant que son secteur de l'énergie est ouvert aux investissements privés et étrangers) ont rendu le continent moins dépendant des approvisionnements du Moyen-Orient. Par ailleurs, l'Amérique du Sud détient d'immenses réserves d'hydrocarbures, de la Colombie jusqu'à l'Argentine, ainsi que l'Afrique de l'Est, du Kenya jusqu'au Mozambique.

Avec les États-Unis sur le point d'atteindre leur indépendance énergétique, il y a un risque que l'Amérique et ses alliés occidentaux considèrent le Moyen-Orient comme étant moins important d'un point de vue stratégique. Cette croyance est un vœu pieux : un Moyen-Orient chaotique peut déstabiliser le monde à bien des égards. Tout d'abord, certains de ces conflits peuvent encore conduire à une perturbation réelle des approvisionnements, comme en 1973, 1979 et 1990. Ensuite, les guerres civiles qui transforment des millions de personnes en réfugiés vont déstabiliser l'Europe économiquement et socialement, ce qui va forcément avoir un fort impact sur l'économie mondiale. Et les économies et les sociétés dans les États en première ligne comme au Liban, en Jordanie et en Turquie, déjà soumis à la lourde contrainte de devoir absorber des millions de réfugiés, font face à des risques encore plus grands. Enfin, la misère et la désespérance prolongées chez des millions de jeunes Arabes vont créer une nouvelle génération de djihadistes désespérés, qui tiendront l'Occident pour responsable de leur désespoir. Certains trouveront sans doute leur chemin vers l'Europe et les États-Unis, et organiseront des attaques terroristes.

Si l'Occident ne tient pas compte du Moyen-Orient ou ne résout les problèmes de la région que par des moyens militaires (les États-Unis ont dépensé 2 milliards de dollars dans les guerres contre l'Afghanistan et l'Irak, et n'ont finalement réussi qu'à créer davantage d'instabilité), plutôt que de miser sur de la diplomatie et des ressources financières pour venir en aide à la croissance et la création d'emplois, alors l'instabilité de la région ne fera que s'aggraver. Un tel choix va hanter les États-Unis et l'Europe pour les décennies à venir.

Source: Project Syndicate, Nouriel Roubini, professeur d'économie à la Stern School of Business à l'université de New York.

Le ralentissement en Chine va se poursuivre: interview sur l'investissement avec Marc Faber

Tours d'horizon interessant sur les marchés avec un gourou du genre, Marc Faber. Il prévient: le ralentissement en Chine va se poursuivre. L’investisseur mise sur le Vietnam et l’Indochine, mais il se méfie des actions américaines et pense que le secteur du luxe va souffrir

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Après le tsunami d’il y a deux semaines sur la bourse chinoise, dans quels pays d’Asie voudriez-vous investir?

Marc Faber: Pour le moment, peut-être que la meilleure chose serait de n’investir nulle part. Le ralentissement en Chine se poursuivra. L’Asie est très dépendante de la Chine, tout comme d’autres pays d’ailleurs. Donc si la Chine ne croît pas actuellement – et c’est ce que je pense d’ailleurs – cela a un impact sur beaucoup de pays. On assiste à une contraction du commerce en dollars au niveau mondial et cela est négatif pour les marchés émergents qui dépendent beaucoup des exportations. Il n’y a donc aucune urgence à se ruer sur les actions des pays émergents en Asie. Cela étant dit, si je regarde les évaluations des marchés en Asie et la dévaluation de certaines monnaies, plusieurs d’entre eux ont enregistré une forte baisse. Dans une perspective de sept à dix ans, ils sont donc relativement attractifs par rapport aux actions des Etats-Unis et vous gagnerez davantage.

– Avez-vous malgré tout une préférence pour certains marchés?

– Economiquement, le pays qui me semble le plus attractif est le Vietnam. Je ne dis pas cela car j’ai des investissements dans ce pays. Les investissements directs au Vietnam, les exportations et le produit intérieur brut du pays me font penser que c’est un marché beaucoup plus sain que d’autres. Un autre pays qui me semble attractif, mais qui n’a pratiquement pas de bourse, c’est le Cambodge. En fait, toute l’Indochine, soit le Laos, le Cambodge, le Vietnam, la Birmanie, l’Indonésie, la Malaisie, l’Inde et le Bangladesh, a de belles perspectives de croissance, mais investir dans des actions comporte des risques pour ceux qui ne s’y connaissent pas vraiment. Il est plus judicieux d’investir dans cette région via des entreprises de Singapour, de Malaisie et de Thaïlande.

– Dans ces trois pays, quels secteurs privilégiez-vous?

– En Thaïlande, je préfère les entreprises alimentaires. Elles sont grandes, profitables et disposent donc d’un certain avantage concurrentiel. Je ne fais aucune recommandation d’achat de titres, mais il me semble toutefois que Tipco Foods, Charoen Pokphand Foods et Thai Vegetable Oil sont bien positionnées dans le secteur alimentaire en Asie. Tout comme Vietnam Dairy Products. Par ailleurs, des entreprises de divertissement qui mènent des affaires au Cambodge, au Laos ou en Birmanie me semblent aussi prometteuses. Signalons aussi que des entreprises ont passablement souffert de la politique anti-corruption en Chine et du ralentissement chinois. Les titres d’entreprises de jeu de Macao sont attractifs. Ils ne vont pas progresser dans l’immédiat, mais sont à acheter dans une perspective à long terme. De manière générale, les marchés asiatiques ne sont pas aussi bon marché qu’après la crise de 1998 ou qu’en 2003 et 2009, mais ils ne sont pas non plus surévalués. A Singapour, les trusts immobiliers (REIT) offrent des rendements de près de 6%. Il y a certes un risque sur la devise, mais la plupart d’entre elles ont baissé par rapport au dollar. Cela peut évoluer dans l’autre sens désormais. Il faut toutefois être conscient que le ralentissement chinois sera bien plus marqué que ce que les gens perçoivent. Il y a six mois déjà, j’estimais que la croissance annuelle de la Chine était de 4% par an. Si je regarde les statistiques des ventes de voitures en Chine, la production industrielle, il me semble qu’un nombre important de secteurs y sont déjà en récession. En mai, j’avais averti qu’une correction de 40% de la bourse chinoise pourrait se produire et elle est arrivée. Ce n’est toutefois pas encore le bon moment pour acheter des titres chinois.

– L’once d’or s’achète à environ 1140 dollars. Est-ce le bon moment pour en acquérir?

– Oui, cela me semble opportun. Mais je dis depuis longtemps que les gens devraient acheter de l’or pour diversifier leurs placements. Surtout qu’on ne sait jamais comment le monde sera dans cinq ou dix ans. Il faut donc un peu d’immobilier, d’actions, d’obligations et des métaux précieux. Ceux qui ont tout misé sur les entreprises actives dans l’or et l’argent ont beaucoup perdu. Mais ceux qui ont investi 20 à 25% de leur fortune dans les métaux précieux il y a quinze ans sont en meilleure santé que ceux qui ont misé sur les actions. Même si le prix de l’or a diminué par rapport à 2011, il reste bien plus élevé que le niveau enregistré au milieu des années 90. A l’époque, l’once s’échangeait à moins de 300 dollars. Depuis 2011, le S&P 500 a surperformé l’or et encore plus les titres des producteurs. Mais depuis le début de l’année, l’or a surperformé le S&P 500. En euro et dans les devises des pays émergents, l’évolution de l’or a été assez positive. Certains disent que l’or pourrait dégringoler à 700 dollars l’once. Oui, cela est possible en période de récession profonde. Mais il faudra regarder alors à quel niveau les actions se situeront. Si l’or atteint 700 dollars, alors cela veut dire que nous serons dans une phase de resserrement massif des liquidités au niveau international.

– Y a-t-il des secteurs que vous éviteriez?

– Les entreprises qui font des affaires en Chine souffriront, que ce soit des fabricants d’ascenseurs comme Schindler, des entreprises dans la construction ou les machines de chantier telles Caterpillar et Komatsu. Mais les temps seront encore plus durs que ce que les marchés perçoivent dans l’industrie du luxe, en particulier l’horlogerie pour ce qui concerne la Suisse. Dans ce secteur, les groupes vont subir un fort ralentissement des ventes. De plus, ils se sont établis durant les dernières années dans des emplacements très recherchés et donc très chers. Ils devront faire face à des coûts fixes élevés sans pouvoir modifier facilement les termes des contrats. Leurs problèmes ne résulteront pas uniquement du ralentissement de la Chine, mais d’une offre excédentaire de produits de luxe au niveau mondial.

– Le ralentissement chinois n’étant pas terminé, anticipez-vous une nouvelle correction des marchés?

– On pourrait revenir au niveau d’il y a un an, mais j’imagine que la Chine imprimera de l’argent pour faire remonter les actions. Mais si vous voulez vraiment acheter des actions chinoises, les titres des entreprises de Hongkong sont plus attractifs, leur évaluation n’est pas trop élevée et elles sont bien gérées. Elles offrent des dividendes relativement élevés. Autre option: acheter des matières premières industrielles que les hedge funds détestent actuellement.

– L’impact des problèmes de la Chine sur le Japon sera-t-il fort?

– Oui, comme cela est le cas avec les exportations de la Corée du Sud et de Taïwan vers la Chine. Les exportations japonaises vers l’Empire du Milieu diminueront. De plus, comme tous les exportateurs de matières premières, tels le Brésil, l’Argentine, l’Afrique, l’Asie centrale, le Moyen-Orient et la Russie, souffriront d’une baisse des prix due au ralentissement chinois, ils auront moins de moyens pour acheter des produits finis auprès des pays développés comme le Japon. Donc l’Archipel sera en quelque sorte doublement affecté.

– En Europe, les places boursières ont perdu environ 6 à 9% durant le dernier mois. Y voyez-vous des opportunités d’achat?

– Tout est une question de court et de long terme. Je ne regarde pas d’aussi près le marché européen que celui des Etats-Unis. La semaine dernière, les actions américaines ont été extrêmement survendues et d’habitude ce mouvement est suivi d’un fort rebond, ce qui s’est d’ailleurs produit. Donc, à moins que les banques centrales ne s’embarquent dans une politique d’assouplissement monétaire de grande envergure, je ne vois aucun facteur qui pourrait permettre aux bourses d’atteindre des sommets. La hausse enregistrée depuis 2009 appartient au passé.

– Les Etats-Unis ne sont donc pas attractifs pour vous…

– Non, je n’y toucherais pas, même sur le long terme. Evidemment, il existe toujours des secteurs qui ont chuté fortement. Les producteurs de charbon, comme Peabody, ont perdu plus de 90% de leur valeur boursière. Tout comme des groupes miniers comme Newmont Mining, Freeport-McMoRan. Donc, pour un investisseur qui a de la patience, ces titres sont assez bon marché. Mais je préfère les groupes miniers actifs dans l’or et l’argent par rapport à ceux qui produisent aussi du cuivre ou des matières premières industrielles, car ils ne dépendent pas autant de l’économie mondiale.

Source: Article du "Le Temps", photo de "Reuters"

La Suisse, la Chine et l’économie mondiale, verbatim de l'interview de Christine Lagarde au WEF

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Darius Rochebin: Christine Lagarde, vous êtes l'une des personnes les mieux placées du monde pour évaluer la rentrée économique. Qu’en est-il de la croissance en Europe ?

Christine Lagarde: La croissance ne reprend pas de manière extrêmement solide et harmonieuse dans tous les coins et toutes les économies du monde. Elle est toujours fragile et elle est toujours inégale. On regarde très attentivement, bien entendu, les pays émergents plus particulièrement. La croissance repart plutôt bien dans les économies avancées, particulièrement aux Etats-Unis, et aussi un peu en zone Euro. Mais les pays émergents sont le centre de notre attention.

En Chine, un certain ralentissement est l'un des événements de cet automne. Cela inquiète beaucoup.

Le ralentissement était prévisible, prévu, inéluctable. Un pays se développe parfois à des vitesses extrêmement rapides pendant une période de temps, et ensuite, nécessairement, ce taux de croissance, doucement, on l’espère, ralentit. Nous, nous prévoyons que la Chine aura un taux de croissance de 6,8%. Ce sera peut-être un petit peu moins. Si c‘est 6,6 ou 6,5 je ne sais pas!

Nous, nous prévoyons que la Chine aura un taux de croissance de 6,8%. Ce sera peut-être un petit peu moins.

Cela vous a surpris vous-même?

Nous ne voyons pas la Chine à des taux, comme certains le brandissent comme une menace, à 4 ou 4 et demi pour cent. Ce qui a surpris beaucoup je crois c’est le chiffre des exportations au mois de juillet, qui est à mon avis plus déterminant que celui des importations. Le chiffre des exportations a baissé. C’est aussi la résultante d’un environnement général, où la croissance, certes, est là, mais à des taux qui sont d’un peu plus de 3% et pas à des taux très très élevés. Donc la demande adressée à la Chine est réduite.

Ces pays émergents, on a beaucoup cru en eux: les BRICS, Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud. Aujourd’hui des doutes apparaissent. On les a surévalués?

Les pays émergents ont été largement tirés par des demandes très fortes d’un pays en croissance très importante qui était la Chine. Beaucoup reposaient sur les matières premières…

Et là, ça se gâte…

Et on retrouve, bien sûr, une baisse du prix des matières premières ce qui vient chambouler les modèles économiques de développement de ces pays. Donc, ces pays qui avaient fourni à peu près 80% de la croissance au cours des cinq dernières années vont fournir moins de croissance mondiale. En contrepartie, on a des économies avancées qui sont en train de se redresser plus vite et qui vont contribuer à la croissance.

Parmi ces pays émergents, la Russie. Vladimir Poutine était notre invité le mois dernier. Il disait: "l’Occident est en train de méconnaître son propre intérêt en coupant des ponts avec nous". Qu’est-ce que vous répondez à cela?

Nous, on ne raisonne pas en termes de rapport de force de nature politiques entre les pays. On a 188 Etats membres au sein du FMI. Nous les servons tous. Nous les examinons tous, à l’aune des mêmes instruments. Ce qu’on a pu constater, c’est que, en tout cas, le commerce mondial est un facteur de croissance et de développement et que, aujourd’hui, on constate un tassement du commerce international. Cela, c’est une préoccupation.

Votre regard sur l’économie suisse. Les Suisses sont fiers de leur francs fort et, en même temps, inquiets de l’effet sur les exportations, sur la croissance. Dans cette balance, qu’est-ce qui doit dominer d’après vous? Fierté ou inquiétude?

De toute façon, il faut être fier de ce pays et de son magnifique environnement, de ses atouts et de tous les attributs de la culture suisse. Cela ne se limite pas seulement à ça. Il y a des choix de politique monétaire qui ont été faits et qui sont toujours des choix difficiles. Nous nous considérons que ça aura bien sûr un impact sur la croissance. Mais on voit la croissance suisse, à moyen terme, aux alentours de 2%, on voit une inflation aux alentours de 1%…

Le miracle suisse, certains ont l’impression qu’il se renouvelle, malgré tous les oiseaux de mauvais augure… ça va continuer selon vous?

Quand les fondamentaux sont solides, quand les équilibres macro-économiques sont bien tenus, quand la capacité de travail est là, quand la détermination à produire de l’innovation et à améliorer la compétitivité sont là, il y a quand même beaucoup d’ingrédients pour que ça marche !

Où en est-on de la crise grecque?

Je me félicite des évolutions des dernières semaines. J’espère que les autorités grecques vont continuer à mettre en œuvre des réformes impératives pour que l’économie grecque puisse se renforcer, puisse accéder à nouveau aux marchés financiers, puisse marcher sur ses deux jambes. On est encore loin du résultat, soyons clairs. J’espère que les autorités grecques vont continuer à mettre en œuvre des réformes impératives pour que l’économie grecque puisse se renforcer.

Les Grecs reviendront aux urnes dans quelques semaines, que leur dites-vous?

Le FMI ne s’immisce jamais dans les débats politiques. Ce que nous disons simplement, c’est que des réformes de fond doivent être engagées pour restaurer la souveraineté économique du pays. Il reste beaucoup de réformes à faire: le régime des retraites, le secteur financier (…)

On a vécu des scènes très dures(…). Quand Monsieur Tsipras parle de votre "responsabilité criminelle" et vous rencontre ensuite…

J’ai assez fréquenté le monde politique. Je sais qu’il y a des positions de communication, des postures, qui souvent sont destinés à l’audience interne d’un pays, alors bon…

Dans cet incroyable feuilleton, il y avait ce face-à-face entre deux des femmes les plus puissantes du monde, vous et Madame Merkel. Comment avez-vous travaillé?

Bien! J’ai beaucoup de respect pour elle. Elle est très accessible dans son mode de fonctionnement. On travaille de manière simple. On communique par SMS. Cela permet d’abord de vérifier qu’on ne dérange pas, et ensuite d’accélérer la manœuvre!

Vous avez dit que la dette grecque n’était pas "viable" telle qu’elle est aujourd’hui.

Non elle n’est pas viable. Je crois que plus personne n’en débat.

On sent deux cultures différentes. Pour Madame Merkel, pour les Allemands, l’idée d’annuler de la dette, cela choque, plus peut-être que pour des latins ou des anglos-saxons?

Le débat sur l’annulation de la dette n’a jamais été ouvert! Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de l’ouvrir si les choses vont bien.

Une réduction…

Une restructuration! On parle d’allongement des maturités, de réduction des taux, de franchise pour une certaine période. On ne parle pas d’annulation de dette.

Grèce: les marchés s'affolent à l'approche d'un éventuel défaut de paiement

Zurich (awp) - Les marchés financiers mondiaux s'affolaient lundi matin, après l'échec des négociations entre la Grèce et ses créanciers. L'approche de l'échéance mardi du remboursement de 1,5 mrd EUR au FMI, qu'Athènes ne peut honorer sans aide financière, faisait plonger les marchés des actions et des matières premières et accentuaient la volatilité sur les devises.

Les places asiatiques étaient les premières à répercuter les mauvaises nouvelles en provenance de la Grèce. Les Bourses se repliaient nettement à l'instar de Tokyo (-2,9%), Séoul (-1,56%), Taipei (-2,4%), Hong Kong (-3,63%) et Shanghai (-7%).

La Bourse suisse s'orientait également vers une ouverture en forte baisse. Le SMI avant-Bourse, évalué par Julius Bär, reculait de 3,64% à 8679,59 points.

Les cours du pétrole étaient également baissiers en Asie, inquiètes face à la crise grecque. Le cours du baril de "light sweet crude" (WTI) pour livraison en août perdait 82 cents à 58,81 USD, tandis que le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison à même échéance cédait 70 cents à 62,56 USD.

Sur le marché des devises, l'euro est tombé lundi matin sous 1,10 USD dans les premiers échanges en Asie, les investisseurs fuyant le risque lié à la crise grecque. Le franc suisse se raffermissait nettement, passant à 1,034 EUR/CHF dans la matinée, contre 1,045 EUR/CHF vendredi soir.

Les Européens ont décidé de laisser expirer mardi 30 juin le programme d'aide dont bénéficiait la Grèce, après son annonce d'un référendum le 5 juillet sur les exigences de ses créanciers. Mardi est également l'échéance du remboursement de 1,5 mrd EUR de la Grèce au FMI, montant qu'Athènes ne peut honorer sans aide financière.

La perspective du défaut de paiement se profile et derrière, celle du "Grexit", la sortie de la Grèce de la zone euro, scénario catastrophe pour les responsables européens et pour beaucoup de Grecs qui veulent rester dans l'euro.

ESPOIRS D'ACCORD

La Grèce a annoncé la fermeture des banques jusqu'au 6 juillet et l'instauration d'un contrôle des capitaux pour éviter les sorties de fonds et une déstabilisation du système bancaire hellénique.

Selon les analystes de Credit Suisse, le référendum du 5 juillet sera un vote sur le maintien de la Grèce dans la zone euro, ce que les Grecs devraient approuver.

Les spécialistes de Société Générale ont également abondé en ce sens, estimant les chances à 60% de voir un accord être conclu sur le maintien de la Grèce dans la zone euro. "Mais le processus sera long", ont-ils averti. Athènes risque dont de ne pas être en mesure de rembourser mardi les 1,5 mrd EUR qu'elle doit au FMI, mais aussi les montants qu'elle doit rembourser à la Banque centrale européenne (BCE) d'ici le 20 juillet.

Pour J.P. Morgan, la BCE pourrait très rapidement passer d'une phase d'avertissement verbal à des annonces de politique monétaire pour faire face à une détérioration sur les marchés, notamment des obligations.

 

"Apprendre de ses erreurs" : sur Twitter, Dominique Strauss-Kahn réagit aux tensions en Europe autour de la dette grecque et propose d'en effacer une partie

"Le tour très aigre que prennent les négociations entre la Grèce, l'UE et le FMI, comme le référendum qui vient d'être annoncé, imposent de rappeler quelques réalités et de prendre une nouvelle direction", estime ce samedi l'ancien président du FMI sur Twitter.

"Le FMI a fait des erreurs et je suis prêt à prendre ma part de responsabilité", concède-t-il. "Le diagnostic du FMI [...] a négligé le fait que la nature inachevée de l'union monétaire européenne était à l'origine de tout le problème et aurait dû être un élément essentiel de sa solution. Le FMI a aussi sous-estimé la profondeur des faiblesses institutionnelles de la Grèce."

"Je crois que nous avons besoin de penser différemment, de changer de logique et de prendre une direction radicalement différente dans les négociations avec la Grèce", exhorte l'ancien ministre de l'Economie. "Ma proposition est que la Grèce ne reçoive plus aucun financement nouveau de la part de l'UE comme du FMI mais qu'elle bénéficie d'une très large extension de la maturité et même d'une réduction nominale massive de sa dette. [...] Fournir plus d'aide pour seulement rembourser les créanciers publics existants est tout simplement inepte."

+ d'information ci-dessous :-)

Fiscalité en Suisse

Source: Le Temps

Le refus du capitalisme

L’accumulation d’initiatives populistes et le matraquage de slogans répandant inlassablement de fausses informations sur les "cadeaux aux riches" et les "inégalités croissantes" ont atteint leur but. Fiscalement, la Suisse n’est plus concurrentielle. Le capital fuit le pays.

Les riches, Suisses et étrangers, lui préfèrent Londres, une terre d’accueil gratuite pour les résidents non domiciliés, ou la Belgique. La facture fiscale? A la classe moyenne de payer. Il en va de la fiscalité comme de la surveillance sur Internet. La cible s’élargit progressivement et finalement tout le monde subit les effets de l’intervention de l’Etat.

La Suisse est pourtant devenue l’un des pays les plus prospères en cultivant un climat favorable au capital et à l’innovation. Cet héritage est miné par un système fiscal qui pénalise la fortune et la formation de capital. On a trop facilement tendance à l’oublier lorsqu’on impose un entrepreneur à 70% de ses revenus ou même davantage.

La Suisse doit réapprendre les raisons de son passé glorieux. Ce n’est pas la consommation qu’il faut encourager mais l’épargne en tant que source d’investissement et de progrès. Mais que fait l’Etat avec ses recettes croissantes si ce n’est consommer et redistribuer selon une vision à court terme plutôt que d’investir en infrastructures?

L’initiative sur l’impôt de succession fédéral à 20% est l’occasion de redéfinir les priorités. La question n’est pas de savoir s’il faut punir le père (la mère) ou le fils (la fille), mais plutôt d’introduire ou non une discrimination entre celui qui consomme et celui qui épargne, selon l’essayiste Pascal Salin.

Le quart des recettes fiscales suisses provient de l’imposition du capital (entreprises et privés)! La logique du prélèvement est souvent douteuse. Le propriétaire d’une PME est pénalisé s’il augmente la valeur de son entreprise, mais il est exonéré s’il la vend. Ne faudrait-il pas d’ailleurs encourager l’esprit entrepreneurial en abolissant un impôt sur la fortune suranné? La Suisse est le dernier pays d’Europe à le conserver, avec la France, la Hongrie et la Norvège. Au moins pourrions-nous éviter de frapper l’outil de production.

La Suisse s’est transformée en enfer fiscal

En moyenne, 55% du revenu d’une personne adulte va à l’Etat sous forme d’impôts, cotisations pour les assurances sociales et prélèvements obligatoires. "Au-delà de 40% de prélèvements obligatoires (en proportion du PIB), nous basculerons dans le socialisme", déclarait Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la République. L’émigration de grandes fortunes, à l’image du milliardaire Claude Berda pour la Belgique, témoigne de la transformation. La Suisse est de moins en moins une terre d’accueil pour les riches et les entrepreneurs.

Le Département vaudois des finances confirme la tendance. En 2011, le nombre de contribuables au forfait s’élevait à 1397. Il est tombé à 1312 en 2014 et à 1260 en 2015 (chiffres à la fin de décembre de l’année précédente). La chute atteint 10%. 137 riches contribuables sont donc partis. Il s’agit toutefois d’un solde, le nombre des départs et des arrivées n’étant pas public.

Le ras-le-bol fiscal est perceptible auprès des entrepreneurs. "Au Tessin, un contribuable imposé pour 100 millions de francs de fortune et 2 millions de francs de revenu paie 1,4 million de francs d’impôts au total, c’est-à-dire 70% de son revenu", explique l’entrepreneur Tito Tettamanti. "Un tel fardeau n’est-il pas une invitation au départ?" demande-t-il.

Dans la région lémanique, l’émigration se poursuit. "Je peux parler de trois grandes fortunes qui sont en train de partir du pays en raison de la détérioration du climat fiscal", avertit Bernard Nicod, président du leader romand de l’immobilier. Il s’agit de fortunes supérieures à 300 millions de francs, de riches étrangers qui observent la lente érosion des valeurs qui leur avaient garanti un bon accueil. Le premier est un Français qui part en Belgique; le second une Britannique qui préfère Londres; la troisième personnalité a également choisi la Belgique. Bernard Nicod observe cette détérioration à travers la réduction du nombre de forfaits fiscaux en cinq ans et la sous-utilisation flagrante des contingents d’immeubles pour les étrangers.

"Effectivement, de grandes fortunes partent de Suisse, y compris du Tessin", confirme Tito Tettamanti. "Quatre éléments majeurs conduisent à ces décisions. Tout d’abord, le climat de plus en plus hostile à ceux qui réussissent incite les personnes fortunées à se déplacer dans des régions qui apprécient leur présence", selon l’entrepreneur tessinois. Les slogans de la gauche accusent les personnes fortunées de ne pas payer leurs impôts et agacent profondément celles-ci. Tito Tettamanti, dont le siège fiscal est à Lugano, conteste ces affirmations et cite un ouvrage d’Avenir Suisse (Zwischen Last und Leistung) selon lequel 25% des recettes fiscales suisses totales, soit 39,5 milliards de francs, proviennent de la fortune et des revenus de la fortune. Alors que plus de la moitié des contribuables ne paient pas d’impôt sur la fortune, à Genève les 10% les plus fortunés paient plus de 79% de cet impôt. Un record de Suisse. Les taux d’imposition effectifs de la fortune, y compris des revenus du capital, sont confiscatoires puisqu’ils dépassent parfois 100% du revenu, selon Avenir Suisse.

"A côté du climat hostile, l’impôt sur la fortune, un anachronisme qui coûte cher, est le deuxième facteur incitant au départ", selon le Tessinois. Il frappe des revenus déjà taxés. Sans parler du fait que les revenus de la fortune sont également imposés. Troisième point: "Les besoins d’argent des grands Etats mal gérés les amènent à faire pression sur les petits Etats bien gérés et à s’attaquer à toute forme de concurrence fiscale", fait valoir l’entrepreneur. Enfin, "les taux d’intérêt zéro alourdissent le coût de l’impôt sur la fortune", observe-t-il.

Les grands consultants appuient cette analyse. "J’observe aussi des départs de personnes privées, par exemple vers Londres", lance Marcel Widrig, associé et responsable de la fiscalité des personnes privées auprès de PricewaterhouseCoopers (PwC). "L’avantage fiscal de Londres par rapport à la Suisse saute aux yeux pour des personnes cosmopolites, mobiles et expatriées ou appartenant à une famille globale", rappelle-t-il. Au bord de la Tamise, le résident non domicilié ne paie pas d’impôts durant sept ans. Sur les rives du Léman, s’il est Suisse, il s’acquitte de l’impôt sur la fortune, alors que presque tous les pays d’Europe l’ont aboli. Et s’il est étranger, il paie un forfait de plus en plus élevé.

A Londres, après les sept ans sans impôts, une grande fortune non domiciliée n’est pas rattrapée par l’impôt si elle effectue par exemple une donation à ses enfants. Certes, elle devra s’acquitter d’une taxe de 30 000 livres sterling (43 000 francs). Mais cette contribution ne pèse pas lourd par rapport aux forfaits. Et si elle décède, les enfants ne paient pas d’impôt de succession.

"La perception des conditions-cadres de la Suisse s’est détériorée, notamment en réponse à la répétition d’initiatives hostiles aux étrangers et aux riches. Les perceptions constituent la réalité sur laquelle les individus prennent leurs décisions", fait valoir Tibère Adler, directeur de l’antenne romande d’Avenir Suisse. "Cette perception plus négative de la Suisse s’est installée lentement mais sûrement. Les riches étrangers ne se sentent plus les bienvenus. Ils avaient l’image d’un pays stable, discret, prévisible. Cette bonne impression s’est émoussée", lance-t-il.

L’impôt sur la fortune a des effets pernicieux, selon l’expert. Il est conçu de façon à ce que la vente de l’entreprise soit exonérée alors que son développement est pénalisé. Avenir Suisse prépare une étude sur le fardeau fiscal qui pèse sur les entrepreneurs en Suisse, notamment sur l’impôt sur la fortune. Dans la plupart des autres pays, l’entreprise est considérée comme outil industriel et son statut fiscal est différent d’un portefeuille mobilier.

En Suisse, l’impôt sur la fortune constitue un handicap important en termes de concurrence fiscale internationale, confirme Marcel Widrig. Le patron d’une PME doit-il céder une partie du capital de son entreprise pour payer ses impôts? "La démotivation à rester entrepreneur ou le manque d’encouragement à le devenir est évidente", déclare Hugues Salomé, associé auprès de PwC en Suisse romande. Il prend l’exemple d’une PME d’une valeur de 20 millions de francs dont le patron reçoit un revenu (sous forme de salaire) imposable de 500 000 francs. En raison de l’impôt sur la fortune de 1% à Genève, il doit s’acquitter d’un impôt de 200 000 francs, auquel il doit ajouter un impôt de près de 40% sur son revenu. En bout de piste, une initiative menace de le frapper d’une taxe de 20% sur les successions.

Si les contribuables qui en seraient frappés sont minoritaires, le risque existe cependant d’assister à ce que la Weltwoche de cette semaine nomme "la tyrannie des bas salaires".

Pour sa part, Hugues Salomé estime qu’en Suisse romande, "si les entreprises ont tendance à réduire la voilure, il existe un regain d’intérêt des personnes privées étrangères pour la Suisse. "Certains cantons ont défini un bouclier fiscal, mais le fardeau fiscal est souvent intolérable", fait valoir PwC. Il se situe à 70% du revenu imposable en Suisse. Mais il ne dépasse pas 45% à Londres, où n’existe pas d’impôt sur la fortune, selon Hugues Salomé.

La réforme de l’imposition des entreprises III (RIE III) devrait permettre de réduire l’imposition des entreprises, mais elle comporte des risques majeurs pour les PME et les sociétés de négoce. Le Conseil fédéral n’a pas été disposé, contrairement aux vœux du canton de Vaud, à déduire les intérêts notionnels. Un choix malvenu pour la région lémanique, selon une personne proche du dossier.

Quelle est la différence entre le prix du baril de pétrole WTI et le Brent ?

Source: Julie de boursebinaire.fr

Si il est bien une matière première incontournable, le pétrole est assurément l’une des plus importantes de toutes. Notre mode de vie ne survivrait pas longtemps sans l’or noir, omniprésent le pétrole et ses dérivés rythment le quotidien de la bourse, peu d’opérations financières se font sans d’abord s’informer des cours du brut. La densité du brut est mesurée en degrés API, c’est sa provenance qui influe le plus sa composition. Certains servent d’étalon pour établir le prix du pétrole d’une région donnée: les plus utilisés sont l’Arabian Light (brut de référence du Moyen-Orient), le Brent (brut de référence européen) et le WTI (brut de référence américain). Ces diverses qualités de pétrole brut sont prises en compte sur les marchés ou s’échange le pétrole, à ce titre les 2 places financières traitant ses transactions sont le NYMEX Américain (New York Mercantile Exchange) et l’ICE Britannique (Intercontinental Exchange).

Le Light Sweet Crude Oil ou WTI (West Texas Intermediate)

Le "T" de WTI détermine son origine nord-américaine. Il est extrait dans la région du Midwest aux états unis. Le WTI est la meilleure qualité de pétrole, en effet il ne contient en moyenne que 0,24 % de soufre, ce qui en fait une huile facile à raffiner et donc moins polluante que ces concurrents. D’où son autre nom: le "Light Sweet Crude Oil" car de qualité plus "douce" que le Brent, offrant ainsi un excellent rendement pour le raffinage. D'où un coût de production moindre tout en fournissant plus de gasoil et de diesel pour le même volume que les autres pétroles. Ce pétrole est peu présent dans le commerce international des hydrocarbures et ne fournit quasi exclusivement que le marché américain.
Voir aussi :

Le Brent, pétrole de la mer du nord

Le pétrole "Brent" tire son nom de gisements de pétrole localisés en mer du Nord s’étendant entre les îles Shetland (Écosse) et la Norvège. La légende raconte que c’est la compagnie pétrolière néerlandaise Shell qui a baptisé ce champ pétrolifère du nom d’un volatil rare (l’oie de Brent). Le "Brent" est un mélange entre une vingtaine de pétroles extraits des champs pétrolifères de la mer du Nord. Son exploitation est récente, elle a commencé au milieu des années 70, les experts affirment que ce gisement est aujourd’hui en fin de vie. Avec une teneur en soufre plus élevée que son cousin d’Amérique le WTI, il est légèrement plus polluant, mais permet tout de même de produire du gasoil, de l’essence et du kérosène. Son raffinage s’effectue, après transport maritime, dans les sites de production en Europe et autour de la Méditerranée.

Le Brent et le WTI au cœur du commerce mondial

Comme nous l’avons vu précédemment il existe deux places incontournables ou s’échangent les contrats sur pétrole, donc fixant les prix (prix "Free On Board", FOB du baril plus les frais de transport, l'assurance, les incidences de pertes, les frais de raffinage et une certaine marge bénéficiaire pour le raffineur), selon les fluctuations de l’offre et la demande influencées par le contexte politique international. Les cotations se fondent en majorité sur les deux types de pétrole évoqué. Les besoins mondiaux d’hydrocarbures se chiffrent approximativement à 100 millions de barils par jour. Sur ces 10 dernières années le WTI s’est vendu à un plus bas de 50 dollars et un plus haut de 136 dollars. Le Brent quant à lui s’est négocié dans une fourchette comprise entre 60 dollars et 140 dollars.

Le pétrole repart à la baisse plombé par la surabondance d'offre

Vendredi, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en avril valait 57 dollars sur l'Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en baisse de 50 cents par rapport à la clôture de mercredi.

Sur le New York Mercantile Exchange (NYMEX), le baril de light sweet crude (WTI) pour la même échéance perdait 60 cents à 47,5 dollars.

undefinedLes cours du Brent avaient obtenu un peu de répit jeudi avec les attaques de l'armée Irakienne sur la ville de Tikrit qui pèsent sur l'offre du pays. Mais les prix de l'or noir sont repartis à la baisse vers 16h30 GMT, pâtissant toujours des facteurs baissiers qui ont fait dégringoler les cours du pétrole de 60% entre juin 2014 et janvier: une demande morose et une offre surabondante.

La dernière fois qu'il y a eu un tel surplus d'offre remonte à 1986 et il fallut alors attendre près de 15 ans pour que les prix du baril de pétrole renouent durablement avec des niveaux plus élevés, expliquait Christopher Dembik, analyste chez Saxo Bank.

Pour les analystes de Citi, les stocks de Cushing, à 52 millions de barils, ne sont pas loin d'avoir atteint leur capacité maximale estimée entre 55 et 60 millions de barils. Le fait que les stocks continuent de grimper et que la capacité maximale des réservoirs pourrait être atteinte est un facteur baissier pour le pétrole, expliquait-on chez Citi.

Néanmoins, le groupe suisse Vitol, le plus gros négociant en hydrocarbure au monde, a noté dans ses résultats publiés jeudi, que la demande devrait s'améliorer dans un futur proche car les perspectives économiques progressent et devraient être aidées par des prix de l'énergie moins onéreux. Mais Vitol a aussi souligné que des incertitudes demeurent à la fois du côté de la demande et de l'offre.

Les risques géopolitiques continuent de jeter une ombre sur la production et la demande dans beaucoup de régions, et d'autres facteurs comme les incertitudes autour du coût marginal de production de pétrole de schiste aux États-Unis sont essentiels pour comprendre l'offre future, a ajouté Vitol.

QUESTIONS DE COMPREHENSION

  1. Que signifie les abréviations ICE et NYMEX? A quoi servent-ils?
  2. Dans un tableau, reporter les prix du baril de Brent de la mer du Nord et de light sweet crude; mentionner également le pourcentage de la baisse par rapport au prix de clôture de mercredi.
  3. Sur la base de l'image ci-dessous, calculer la baisse du prix (en $ et %) du baril de Brent de la mer du Nord par rapport à son prix le plus haut, en juin 2014.
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  4. Quel était le prix (en $) en janvier 2015?
  5. Esquisser les courbes d'offre (en bleu) et de demande (en rouge) sur un graphique. Comment ont évolués ces deux courbes depuis six mois?
  6. Sur la base de cet article (bit.ly/19et0wq), expliquer la différence entre du pétrole WTI et de Brent.
  7. Quelle est l'activité principale de la société Vitol? Pourquoi son avis est-il intéressant?

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Pourquoi les taux hypothécaires sont remontés

Source: Servan Peca dans Le Temps du 12 février 2015

Après le 15 janvier, et le coup de tonnerre monétaire provoqué par la Banque nationale suisse (BNS), c’est UBS qui a ouvert le bal. Puis, dans les jours qui ont suivi, la première banque du pays a été rejointe par Credit Suisse, la Banque Cantonale Vaudoise (BCV), et par de nombreux autres établissements bancaires. Tous ont brutalement relevé le coût de leurs hypothèques à taux fixe.

Pour une durée de 10 ans, il faut désormais payer autour de 1,80%. Contre 1,30%, voire moins, avant le 15 janvier. Une incohérence, une hérésie, même.

Car ce jour-là, en plus d’abandonner la défense du taux plancher, la BNS a renforcé les taux négatifs de 0,50 point. Les taux d’intérêt appliqués aux avoirs déposés par les banques auprès d’elle (et qui dépassent un certain montant exonéré), passent à – 0,75%, contre – 0,25% auparavant. De même la marge de fluctuation du Libor à trois mois, plus connue sous le nom de «taux de référence», est déplacée, pour se situer entre – 1,25 et – 0,25%, au lieu de – 0,75 et – 0,25%, précédemment.

Avec une conséquence concrète: les taux interbancaires sont encore plus bas qu’auparavant. Les banques qui empruntent sur le marché des capitaux auraient donc dû, selon toute logique, encore baisser le taux auquel elles prêtent cet argent aux privés, notamment à ceux qui achètent un logement.

Que s’est-il donc passé pour que l’inverse se produise? On peut imaginer que les banques ont souhaité augmenter la prime de risque. En d’autres termes, puisque sans taux plancher, les perspectives conjoncturelles suisses sont affectées, les prêteurs considèrent que leurs futurs emprunteurs sont plus fragiles financièrement. Qu’ils ont plus de risques de voir leur salaire se réduire, ou même de perdre leur emploi. Elles veulent donc leur faire payer un surplus, pour se couvrir contre ce danger potentiel.

Le profil des emprunteurs, leur «rating», dans le jargon bancaire, est établi de manière personnalisée, lors de l’étude individuelle d’un dossier, écarte le porte-parole de Crédit Suisse, lorsqu’on lui soumet cette hypothèse.

En fait, la vraie raison de cette hausse des taux hypothécaires, contraire à toute logique financière, se trouve ailleurs. C’est ce qu’indique la deuxième banque du pays, dans un document publié vendredi 6 février: «S’agissant des hypothèques à taux fixes, aucun nouveau repli n’est à attendre, en dépit des taux négatifs instaurés par la BNS. Ce, en raison des frais de couverture plus élevés que les établissements supportent actuellement lors du refinancement.»

Un exemple? Imaginons un environnement de taux normal, celui qui avait cours jusqu’à 2008. Un établissement prête à un client 1 million de francs pour une durée de dix ans à un taux fixe, à 4%. Pour se refinancer, et ainsi équilibrer son bilan entre actifs et passifs, il dispose en grande partie de l’épargne de ses déposants. Le problème, c’est que si les taux remontent, cette banque va devoir adapter à la hausse les taux d’intérêt sur ces dépôts. Alors que de l’autre côté, son prêt hypothécaire ne peut pas être adapté aux taux du marché. Elle verra donc sa marge d’intérêts se réduire.

Pour se couvrir contre ce risque de taux, elle se tourne vers le marché des capitaux. Elle emprunte 1 million à une autre banque, également pour une durée de 10 ans. Simultanément, elle prête à cette même banque 1 million, mais à un taux Libor à 6 mois.

Il n’y a pas d’échange de fonds. Seule la différence entre les deux taux fait l’objet d’un transit entre les deux établissements financiers. Dans ce scénario, la banque paie la différence entre le coût de son emprunt à long terme (2%) et ce que lui rapporte son placement à 6 mois (0,5%), donc 1,5%. C’est le coût de sa couverture de taux. Sa prime d’assurance, en quelque sorte.

Et c’est aussi ce que l’on appelle un swap de taux. Cette technique permet à la banque, si les taux viennent à remonter, de protéger sa marge. Son placement au taux Libor, renouvelé tous les 6 mois, est de mieux en mieux rémunéré.

Mais depuis le 18 décembre précisément, les taux Libor à 3 mois et à 6 mois sont clairement dans le négatif. Et ils le sont encore davantage, depuis la dernière annonce de la BNS, le 15 janvier. Ce qui signifie que sur le marché interbancaire, la banque paie non seulement pour emprunter à 10 ans, mais aussi pour placer pendant 6 mois. C’est ce que Credit Suisse appelle «des frais de couverture plus élevés […] lors du refinancement».

Pour compenser cette anomalie inédite, sur le marché des capitaux, les banques avaient deux solutions. Elles pouvaient décider de faire payer ces coûts supplémentaires aux épargnants, en leur instaurant des taux négatifs sur leurs dépôts. «Cela ne fonctionne qu’en théorie, explique Fredy Hasenmaile, le responsable de la recherche immobilière de Credit Suisse, dans Finanz und Wirtschaft. Car dans un tel cas, les clients viendraient retirer leur argent.» Une poignée de banques (Credit Suisse, UBS, PostFinance…) ont néanmoins décidé de faire le pas. Mais seulement pour les clients institutionnels.

La majorité des banques ont choisi l’autre voie: répercuter ce coût sur les emprunteurs. Donc, les faire payer un peu plus d’intérêts sur leurs hypothèques.

BCE: politique de l’offre ou de la demande?

Source: Bernard Clerc (ancien député genevois) - Le Courrier du 31 janvier 2015

La récente décision de la Banque centrale européenne (BCE) de racheter aux banques des créances compromises va dans le sens de la politique de l’offre, aujourd’hui dominante dans le néolibéralisme. A savoir, inciter les banques à prêter aux entreprises pour que celles-ci investissent. Douce illusion, les banques investiront là où leurs rendements seront les plus élevés et non pas là où les besoins de financement sont nécessaires. Pour sortir l’Europe de la crise et d’une possible déflation, il convient de stimuler la demande en favorisant les salaires et la réponse aux besoins de la population. Dans une précédente chronique, nous avons montré que c’est la demande en biens et services qui est à la base de la création d’emplois et non pas les entreprises, car ces dernières ont pour objectif la réalisation du profit. Sans cette perspective, elles ne développent pas d’activités et, par conséquent, pas d’emplois. Aujourd’hui, nous allons nous interroger sur le concept de demande. Nous ne porterons pas de jugement qualitatif ou moral sur la nature de cette demande. Nous nous contenterons d’essayer de comprendre comment elle s’articule avec la notion de croissance.

Nous distinguerons tout d’abord la demande en provenance des individus ou des ménages, celle des entreprises et celle des collectivités publiques. La demande des individus peut se décomposer en deux parties. La première comprend tous les biens indispensables à la vie quotidienne: nourriture, habillement, logement, transports, soins médicaux, instruction, culture. Ces biens sont relativement incompressibles et constituent le socle de base de l’existence. La seconde comprend tout ce dont un individu pourrait se passer sans remettre en cause son existence, par exemple des voyages, des objets de luxe, etc. La demande des entreprises est constituée de tous les biens indispensables à la réalisation de la production, qu’il s’agisse de produits ou de services (matières premières, locaux, machines, etc.). Enfin la demande des collectivités publiques repose sur tout ce qui est considéré comme nécessaire au fonctionnement général d’une société donnée (routes, bâtiments publics, écoles, hôpitaux, armements, etc.). C’est l’agrégation de cet ensemble de demandes qui alimente la croissance économique ou sa décroissance, si celle-ci est en régression.

Il faut ensuite faire la distinction entre la demande intérieure qui provient d’un territoire national donné et la demande extérieure qui provient d’autres territoires nationaux.

Enfin nous introduirons une nouvelle variable qui consiste à distinguer la demande solvable de la demande non solvable. La demande solvable est celle qui provient des personnes et entités disposant des moyens monétaires d’acheter un bien ou un service. La demande non solvable est celle en provenance d’individus ou de collectivités qui ne disposent pas des moyens monétaires ou de moyens monétaires insuffisants. On peut donner deux exemples de demande non solvable. L’habitant de l’Inde ou d’un pays africain qui mange une fois par jour par manque de ressources dispose d’une demande supérieure (manger deux ou trois fois par jour) mais il ne peut la satisfaire par absence de moyens, alors que l’offre de nourriture au niveau mondial est suffisante. Autre exemple, la personne à l’aide sociale en Suisse qui souhaiterait s’offrir un ordinateur et qui doit renoncer par manque de ressources financières.

Le propre de la production capitaliste est de ne s’intéresser qu’à la demande solvable, car c’est la seule qui lui permet de réaliser du profit. Dès lors, toute demande non solvable, même si elle est indispensable aux besoins humains, n’intéresse pas le capital, sauf si cette demande est rendue solvable par des subventions publiques, par exemple. Ainsi une économie peut être en croissance par le développement de la demande solvable et en même temps ne pas satisfaire la demande de biens essentiels parce que non solvables. La croissance de l’industrie du luxe dans de nombreux pays occidentaux, et notamment en Suisse, vise à répondre à la demande solvable des nouveaux riches dans les pays émergents, indépendamment du fait que la majorité de la population de ces pays ne parvient pas à satisfaire l’ensemble de ses besoins vitaux.

De même, une économie en récession produira moins, alors que la demande est bien présente, mais qu’elle ne peut être satisfaite en raison de la baisse du pouvoir d’achat des ménages ou des collectivités publiques. L’exemple actuel de la Grèce est à cet égard illustratif.

Si nous faisons abstraction de nos schémas de pensée basés sur l’existant, nous devons donc constater que la production de biens et services ne s’effectue pas d’abord pour répondre aux besoins prépondérants de la population, mais en fonction des exigences du capital.

L'offre et la demande: les conditions d'un rebond durable des cours du pétrole ne sont pas réunies

Par Frédéric Lasserre (Président de Belaco Capital) pour Le Monde / source de l'image: lewebpedagogique

undefinedEn deux semaines, les cours du pétrole ont bondi de plus de 20 %, passant d'un plus bas de 44 à 53 dollars le baril. En effet, depuis la fin de l'année, nous avons assisté à une série quotidienne d'annonces de réductions d'investissement, de report ou d'abandon de projets pétroliers, de chute impressionnante du nombre de puits de forage jusqu'à l'éventualité de démonter des plateformes de production en mer du Nord.

Le rebond récent des cours, donc implicitement les annonces de réduction de production future, augure-t-il d'un retour rapide du pétrole au niveau d'avant effondrement, soit autour de 100 dollars le baril ? Non, car cela reviendrait à réduire l'effondrement des cours à une hausse soudaine et non anticipée de la production. Or ce n'est pas ce qui s'est passé.

STIMULER L'OFFRE

La hausse de la production de pétrole de schistes aux Etats-Unis était parfaitement prévue et le reste de la production mondiale hors de cette zone n'a globalement pas augmenté. C'est le ralentissement brutal de la demande mondiale que le marché n'a pas anticipé. Alors qu'elle était attendue en hausse de près de 1,3 million de barils par jour en 2014 selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), elle n'aura finalement été que de 0,5 million de barils par jour, soit moins de la moitié.

Par suite, l'Arabie saoudite et ses partenaires de l'OPEP n'auront guère fait plus que les autorités politiques et monétaires des pays occidentaux tentant de stimuler leurs économies. Tous essaient de réunir les conditions pour stimuler l'offre (politique fiscale et monétaire) mais butent sur l'absence chronique de demande.

Baisser les charges, les taxes, les taux d'intérêt, ou les taux de change améliore certes les marges des entreprises mais ne remplit pas les carnets de commande. De même, rationaliser la production de pétrole par les prix permet de réduire l'excédent d'offre mais pas vraiment de stimuler la demande. Or, comme pour l'économie en général, le véritable problème du marché du pétrole n'est pas tant un excédent d'offre qu'un déficit de demande.

Analyse du Journal du matin de la RTS.

Faillite d'un pays: le cas d'école de l'Argentine

Source: Rédaction du Journal du net (JDN) - novembre 2011

En 2002, l'Argentine décidait de ne pas honorer 95 milliards de dollars de sa dette. Plusieurs années après, force est de constater que l'Argentine se porte plutôt bien. Sa situation est quasi normalisée sur le plan de la dette et la croissance est plus que jamais dynamique. Retour sur cette crise qui secoua beaucoup de monde.

Les prémices de la crise

En 1991, l'Argentine décide de caler le cours de sa monnaie, le peso, sur le dollar. Une manœuvre efficace certes pour stopper une inflation galopante mais qui conduit à une "dollarisation" du pays et à une hausse des importations, leur coût étant réduit grâce à la nouvelle parité. A la fin des années 1990, 90% de la dette argentine est libellée en devises étrangères, principalement en dollars. L'Argentine souffre aussi de maux structurels tels qu'un système bancaire mal développé (et donc une forte dépendance aux marchés financiers internationaux), ou des tensions politiques récurrentes.

En 1999, la brusque dévaluation du real brésilien et la montée constante du dollar provoquent un blocage des exportations, désormais moins compétitives. Le pays entre en récession et le taux de chômage progresse de plusieurs points en quelques mois. Fin 2001, la charge de la dette représente un cinquième des dépenses de l'Etat.

La faillite

Entre 1998 et 2001, pas moins de sept plans d'austérité vont se succéder, sur demande du FMI, qui apporte des fonds au pays: coupes dans les aides sociales, baisse des salaires, etc. Une potion amère qui ne fait qu'empirer la situation: les ménages réduisent leur consommation et la croissance se bloque. Le 1er décembre 2001, alors que les Argentins se précipitent dans leurs banques pour retirer leur argent (8 milliards de dollars sont retirés en quelques jours), le gouvernement est obligé d'imposer une limite de retrait de 250 dollars par personne et par semaine.

Les 9 et 10 décembre 2001, la crise dégénère: des émeutes violentes et des pillages font 39 morts à Buenos Aires. Le pays change 5 fois de président en quelques jours et sombre dans "l'enfer", comme le dira lui-même le président Nestor Kirchner au pouvoir à partir de 2003.

Le 6 janvier 2002, le président Duhalde se résout à mettre fin à la parité peso-dollar et instaure un double taux de change: l'un officiel à 1,40 peso pour 1 dollar et l'autre libre. Mais la crise s'aggrave encore: la production industrielle et la consommation s'effondrent, les rentrées fiscales fondent, l'inflation s'envole.

Le 22 septembre, au bout du rouleau, le gouvernement annonce un plan de restructuration qui équivaudra une fois réalisée à une réduction de 75% de sa dette et le non-remboursement des emprunts d'Etat contractés par des milliers d'épargnants étrangers. Plusieurs effets en seront les conséquences.

Effets

La purge sociale

En 2002, le PIB argentin dégringole de 11%. 57% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et le taux de chômage dépasse les 20%. En un an, la dette publique passe de 63% à 135% du PIB. On voit apparaître dans les rues des "piqueteros", des pauvres et des chômeurs qui coupent les routes pour exiger du travail et du pain. Les Argentins doivent renoncer aux produits américains dont ils raffolaient en raison du coût exorbitant des biens importés.

Les négociations sur la dette

Plusieurs cycles de négociations seront nécessaires pour acter le défaut de paiement, en 2005 et en 2010. La dette publique argentine est en effet composée de 152 obligations distinctes, émises en 14 monnaies différentes et répondant à 8 législations. Tout en refusant de relever son offre vis-à-vis des créanciers privés, l'Argentine accepte en mars 2004 de payer l'échéance de 3,1 milliards de dollars qu'elle doit au FMI, évitant au pays d'entrer en défaut de paiement vis-à-vis de l'institution.
Le 25 février 2005, 76% des détenteurs d'obligations (essentiellement des petits épargnants) finissent par accepter d'être remboursés à un taux très faible (0,32 dollars pour 1 dollar prêté). Les banques, elles, ont limité la casse en transférant leurs avoirs avant la dépréciation massive des titres de dette. C'est en tous cas une victoire politique pour le président Nestor Kirchner et surtout pour son ministre de l'Economie Roberto Lavagna.

La relance de la croissance

Après avoir touché le fond, l'économie argentine repart très vite et de manière vigoureuse: 8,9% de croissance en 2003 et 9% en 2004. Le gouvernement prend alors le contrepied de toutes les politiques préconisées par le FMI : multiplication des aides sociales, relance des dépenses publiques... La dévaluation du peso lui permet de relancer ses exportations et de privilégier sa propre production. L'Argentine a durant cette période bénéficié d'un contexte favorable, comme le boom des prix du soja (+150% entre 2003 et 2011), qui représente un quart de ses exportations en valeur, et le dynamisme du Brésil, son voisin direct.

Une crise qui a laissé des traces

Des années de crise, le pays garde une profonde aversion envers le FMI. Depuis qu'il lui a totalement remboursé sa dette (9,5 milliards de dollars) en 2006, il refuse que l'institution vienne mettre le nez dans ses comptes. Certains créanciers récalcitrants, dont le Club de Paris, mènent aujourd'hui encore une bataille judiciaire pour récupérer leurs titres, ce qui empêche l'Argentine de revenir sur les marchés financiers internationaux. Aujourd'hui, l'excédent commercial est donc la seule manière de générer des devises pour l'Argentine... avec la création de monnaie, ce qui est très risqué car générateur d'inflation. Mais ce dernier obstacle est en train d'être lui aussi levé : le Club de Paris a fini par accepter de négocier avec l'Argentine sans intervention du FMI, la condition étant jusqu'ici jugée indispensable.

L'Argentine peine également à restaurer une crédibilité économique. Les observateurs s'accordent à dire que les chiffres officiels de l'inflation et du chômage sont sous-évalués. Les grandes entreprises qui s'étaient précipitées pour y investir lors de la vague de privatisation des années 1990, ont presque tout perdu lors de la crise. De quoi refroidir les ardeurs des nouveaux investisseurs... même si ces derniers sont à nouveau alléchés par les taux de croissance impressionnants du pays.

Politique monétaire: La monnaie unique est-elle un échec?

Source: Le Temps - 16 février 2015

Le constat est sans appel, pour Athanasios Orphanides, ancien gouverneur de la Banque centrale de Chypre. "Les tensions qui reprennent dans la zone euro sont la preuve que la monnaie unique a été un échec", selon l’ancien gouverneur de la Banque centrale de Chypre.

Il ne s’agit pas seulement de la Grèce, mais du projet européen en général, soutient-il. "La mauvaise gestion de la crise a créé des divisions et des troubles sociaux dans toute l’Europe. Sans changements fondamentaux, je crains que tout le projet européen soit à risque", a expliqué cet ancien membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE). Il sera à Genève mardi pour une conférence organisée par le Centre international d’études monétaires et bancaires (CIMB) à Genève*.

Il ne mâche d’ailleurs pas ses mots à l’égard de l’institution basée à Francfort. Juste après la décision de lancer un programme de rachat de titres (QE), l’ancien grand argentier avait critiqué l’allégeance de la BCE à l’Allemagne, certaines clauses du programme semblant dictées par Berlin. Il évoque notamment le fait que les banques centrales nationales doivent assumer les risques de pertes éventuelles liées au rachat de dettes souveraines.

Il n’est pas plus tendre à l’égard des acteurs de cette crise en général. "Les politiques d’austérité ont créé de sérieux dommages dans plusieurs pays. De surcroît, la politique monétaire a été exceptionnellement restrictive ces trois dernières années", explique celui qui a été limogé de l’institution cypriote en 2012 et est désormais professeur à la Sloan School of Management du MIT à Boston.

Corriger ces "erreurs" ne sera pourtant pas évident, selon le Chypriote, qui a préféré éluder les questions sur son pays, les jugeant beaucoup moins centrales que le cas grec actuellement. Il estime qu’en l’absence d’un gouvernement commun, certains pays ont mieux réussi que d’autres à protéger leurs intérêts, au détriment des autres. En ligne de mire: l’Allemagne. "Ce pays est peut-être le seul dans la zone euro à avoir bénéficié de la crise. Les politiques mises en place ces dernières années ont l’air d’avoir été pensées pour garantir une bonne performance de l’économie allemande, plutôt que l’ensemble de la zone euro", considère Athanasios Orphanides.

A son avis, il ne fallait pas pousser des pays à mettre en place des réformes "récessives" lorsque les économies étaient fragiles. Il s’appuie sur le Fonds monétaire international (FMI), qui a reconnu lui-même que les effets de l’austérité avaient été sous-évalués.

De fait, poursuit cet ancien conseiller du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine, les conséquences en Grèce ont été "catastrophiques", avec une chute du PIB d’un quart de sa valeur ces cinq dernières années. Les mesures imposées par la troïka (FMI, BCE et Commission européenne) l’ont été en grande partie sur l’insistance de Berlin, assure-t-il.

Alors que l’Eurogroupe se réunit à nouveau aujourd’hui lundi, l’ancien banquier central se dit "optimiste" sur l’éventualité d’un accord entre la Grèce et ses créanciers (lire ci-dessous). Mais sans illusion: "Je ne suis pas sûr que ce sera un bon accord, qui servira les intérêts de la Grèce et de l’Europe dans son ensemble."

Pour Athanasios Orphanides, "le public en France et en Allemagne, par exemple, devrait savoir la vérité sur ce qui s’est passé en 2010. Si le FMI avait pu mettre en place un programme comme il le fait pour d’autres pays en dehors de la zone euro, la Grèce serait dans une bien meilleure situation aujourd’hui", affirme le professeur. La destruction qu’a subie le pays est due au fait que le programme mis en place en 2010 a été influencé par des gouvernements, notamment la France et l’Allemagne, qui avaient d’autres objectifs en tête. En particulier protéger les banques de leur pays, souligne-t-il, citant l’ancien président de la Bundesbank, Karl Otto Pöhl. "Si l’opinion publique comprenait cela, elle reconnaîtrait que l’équité imposerait de réduire le fardeau de la Grèce."

*  La conférence aura lieu à 18h30 à l’IHEID (Maison de la paix).

Lire également l'article sur le cas de l'Argentine dans les années 1990-2000.

Situation économique mondiale: tour d'horizon

Source: Janwillem Acket (Chef éco. c/o Julius Bär) - Magazine Indices (janvier 2015)

La crise européenne est-elle terminée?

La BCE est confrontée à un dilemme car elle doit combattre le risque de déflation qui existe aussi pour la Suisse. Avec la hausse du franc suisse, on peut prévoir un taux d’inflation négatif de 0,9% en 2015. Pour l’instant, il y a en zone euro encore une situation de très faible croissance avec une inflation de 0,4% en 2014. Mario Draghi a baisser les taux d’intérêt déjà en juin dernier, une politique d’assouplissement suivie peu après par la Suisse, qui aurait cependant dû commencer au 3e trimestre 2013. Il y a un temps d’attente de l’ordre de neuf mois entre un assouplissement de la politique monétaire et son impact sur la conjoncture, si bien que l’effet de relance sur l’économie européenne devrait se faire sentir à partir d’avril 2015. Mais cela ne sera pas suffisant pour combattre le chômage ni pour réduire l’endettement. Le risque de déflation est sérieux en Europe qui, dans cette hypothèse, pourrait entraîner la Suisse. Dans ce scénario, dont la probabilité est d’environ 30%, le PIB de la zone euro pourrait s’inscrire à la baisse entre 0,5% et 1%.

Quel est le scénario principal qui comporte un effet de relance à partir d’avril?

Selon le scénario le plus probable, la croissance de la zone euro devrait atteindre environ 1% en 2015. Avec la hausse du franc, la Suisse ne devrait s’en sortir qu’avec une croissance estimée à 0,4% en 2015. La croissance suisse aurait pu atteindre 1,9% si le cours de 1,20 contre l’euro avait pu être maintenu. Heureusement, la Suisse bénéficie encore d’une demande intérieure considérable et de taux d’intérêt qui favorisent l’investissement. La BNS doit toutefois être prête à prendre de nouvelles mesures pour éviter la formation d’une bulle immobilière.

Les effets du renforcement du franc sont donc relativisés par la baisse des prix du pétrole?

Oui, nous avions initialement établi nos prévisions sur la base d’un cours moyen du baril projeté à 74,5 dollars avant de le ramener à 65 dollars. Cette révision à la baisse se traduit notamment par un effet positif de 0,2% sur la croissance suisse qui dépendra du niveau auquel le franc suisse va se stabiliser. Si le franc suisse reste à parité avec l’euro, cela aura un effet de décélération plus marqué, même un risque de récession, mais nous pensons que le niveau d’équilibre du taux de change devrait se situer entre 1,05 et 1,10. L’impact de la décision de la BNS (hausse du franc) devrait cependant être faible sur la plupart des sociétés de la riviera lémanique.

Le reste du monde se porte mieux que l’Europe?

Il y a la question du Japon qui, malgré la récente victoire d’Abe, est retombé à 0,1% de croissance l’année passée et ne devrait pas dépasser 0,7% en 2015. Les analystes ont sous-estimé l’impact du relèvement de la TVA en avril dernier. Mais la politique monétaire japonaise est très expansive, et il y a aussi des stimulis fiscaux. A l’inverse, les états-Unis seraient à la tête de la reprise avec une croissance de 3,5% en 2015, trois fois supérieure à celle de la zone euro et du Japon.

Et les BRIC?

La Chine devrait croître encore de 6,9% en 2015, après les 7,3% de 2014. La croissance va encore s’accélérer en Inde à 6% en 2015 après 5,5% en 2014. La croissance russe qui était encore de 0,5% l’année passée avec une inflation de 7,5% tombera à -1% en 2015. Le Brésil qui n’avait pas de croissance en 2014 avec une inflation de 6,5% affichera une croissance positive de 1% en 2015. On le voit, il y a des évolutions divergentes non seulement entre les blocs géographiques mais aussi à l’intérieur de ces grandes régions, avec des pays où l’inflation est élevée et la croissance modeste, voire nulle ou négative.

Mais globalement, assiste-t-on à un scénario d’accélération de la croissance?

La croissance du PIB mondial qui était de 3,2% l’année passée devrait atteindre 3,5% cette année, avec des performances très contrastées selon les continents. L’Asie va croître de 5,5% en moyenne, suivie de l’Afrique dont le PIB va progresser de 5% et de l’Amérique du Nord où la croissance devrait s’établir à 3%. L’Europe, on l’a vu, atteindra à peine 1% et l’Amérique du Sud fera à peine mieux avec 1,2%.

Ce semblant de relance de l’économie mondiale n’est-il pas attribuable à la baisse des prix des matières premières, notamment du pétrole?

Oui, les chiffres parlent d’eux-mêmes: le prix moyen du brut qui s’est inscrit à 90,6 dollars en 2014 devrait tomber à 65 dollars ou même moins cette année. Mais il est clair que les pays qui utilisent proportionellement beaucoup de pétrole pour produire une unité de PIB sont favorisés par des prix moins élevés et que ceux dont l’économie est plus efficiente sont moins sensibles aux variations de prix. En Europe, l’Allemagne bénéficie de 0,1% de croissance supplémentaire pour chaque 10 dollars de baisse des prix du pétrole, un effet de relance qui atteint 0,2% aux Etats-Unis. L’effet est plus marqué en Asie, par exemple en Inde où 10 dollars de baisse sur les prix du pétrole se traduisent par 0,3% de croissance en plus. Au niveau mondial, l’effet de relance d’une baisse de 10 dollars se traduit par 0,2% de croissance supplémentaire. La baisse du pétrole apparaît en effet comme le facteur essentiel de l’accélération de la croissance attendue cette année.

Quels sont les risques géopolitiques, notamment celui lié avec la confrontation autour de l’Ukraine?

Ils sont centrés autour de la Russie dont la situation pourrait avoir des répercussions sur les pays voisins. Mais la Russie, dont deux-tiers des exportations d’énergie vont vers l’Europe est plus dépendante de l’UE que le contraire. En fait, l’Europe est déjà en mesure de diversifier ses sources d’approvisionnement en gaz: il y en a en Mer du Nord mais aussi en Méditerranée orientale et des importations en gaz liquide sont possibles, notamment du Qatar. La Russie a donc plus à perdre qu’à gagner d’une poursuite de la tension avec l’Europe, même si elle n’en est pas seule responsable car l’Ukraine doit aussi prendre en considération les droits des minorités. Certes, la Russie essaie de se tourner vers la Chine mais la pose de conduites pour acheminer le gaz prendra quatre ou cinq ans. Un compromis avec des concessions de part et d’autre est donc préférable à une poursuite de la confrontation.

La Grèce représente-t-elle un risque pour la zone euro?

Si la Grèce quitte la zone euro cela coûtera à l’Allemagne les quelque 70 milliards d’euros portés en garantie pour la dette. Mais cela ne mettra pas en danger la zone euro qui bénéficie désormais de mécanismes de stabilisation qui n’existaient pas en 2011 et permettent de faire face à toute éventualité. Concernant la dette, il n'y a pas que la Grèce qui souffre d'un endettement abyssal. La plupart des pays ont vu leur dette exploser. C'est ce que montre une récente étude du cabinet Mc Kinsey. Parmi les mauvais élèves, la France qui a vu son endettement total bondir de 66%. Interview de Patrick Arthus, économiste français et directeur de la recherche et des études de Natixis dans le Journal du matin de la RTS.

Politique monétaire: rachat par la BCE de 60 milliards d'euros de dette chaque mois bon pour l'économie réelle

Source: Le Monde, propos recueillis par Cédric Pietralunga (Envoyé spécial à Davos)

Aprés des semaines de rumeurs, la Banque centrale européenne (BCE) a dévoilé, jeudi 22 janvier, son nouveau plan, qui prévoit le rachat de 60 milliards d'euros de dette chaque mois. Etalé sur dix-huit mois, jusqu'en septembre 2016, le programme pèse au total plus de 1 000 milliards d'euros.

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Jean-Michel Six, économiste en chef de l'agence Standard & Poor's pour la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique, estime que la BCE s'est engagée dans « un programme très agressif ».

Quel sera l'impact des mesures annoncées par la BCE sur les pays du sud de l'Europe ?

Il s'agit d'un programme très agressif de par sa taille. A ce titre, il va permettre de comprimer un peu plus l'écart de taux sur les emprunts d'Etat – le fameux « spread » – entre les pays les plus vertueux, comme l'Allemagne ou les pays nordiques, et le reste de l'Europe. Les investisseurs auront l'assurance que la BCE achètera sur le marché secondaire une partie de leurs créances. Ils devraient donc se montrer plus prolixes et prendre davantage de risques. Il est difficile de prévoir l'ampleur de ce mouvement mais cela peut donner un coup de pouce supplémentaire aux pays en plein retournement, comme l'Espagne.

La population de ces pays verra-t-elle les choses changer ?

En rachetant de la dette d'Etat, notamment aux banques qui la détiennent, la BCE va leur permettre de nettoyer un peu plus leurs bilans. Là aussi c'est difficile à quantifier mais cela devrait permettre aux organismes financiers d'injecter plus de liquidités dans l'économie et donc profiter à la population. Les gens auront à nouveau la possibilité d'obtenir un crédit pour acheter une maison ou une voiture. C'est bon pour l'économie réelle.

L'Allemagne craint que ces mesures ne profitent essentiellement à la Grèce et ne la détournent des réformes. Trouvez-vous cela justifié ?

Non, car 80 % de la dette grecque se trouve déjà dans les mains de la BCE ou des Etats européens. Le pays ne bénéficiera donc pas directement de la politique de rachat décidée par Mario Draghi [le président de la BCE]. Je ne pense pas non plus que cela va faire revenir les investisseurs, en tout cas pas tout de suite : ils sont encore trop échaudés. Néanmoins, si la Grèce ou d'autres pays européens pensent que la BCE va tout régler et qu'ils n'ont plus besoin de rien faire, on va à la catastrophe. La BCE ne pourra pas réussir toute seule à relancer la croissance.

€CONOMIA - le jeu sur la politique monétaire de la BCE (alternative: MOPOS, le jeu iconomix sur la BNS).

4 (nouveaux) trucs pour devenir riche ;-)

Source: blog de L'Hebdo, Yves Genier

Le franc redevenu libre, tous les scénarios de placement sont à revoir et on planche dur dans les banques et ailleurs pour les remettre à jour. La rédaction de L'Hebdo a ainsi le plaisir de livrer à ses lecteurs ses bons conseils. En primeur, bien sûr:

1) Ne thésaurisez surtout pas d'EUROS

Bien sûr, il a chuté de près de 20% en moins d'un jour. OK, c'est super pour faire les courses et skier (où est la neige?) en France. Mais pas pour basculer tout un compte d'épargne. Pourquoi? Parce que l'euro va encore baisser, pour une raison simple: jeudi prochain, la BCE va annoncer un nouveau programme d'assouplissement quantitatif (achat pour 700 milliards d'euros de dettes souveraines), qui a pour but de faire encore baisser la monnaie unique. Certains voient le cours se stabiliser aux alentours de 0,95 centimes.

2) Précipitez-vous sur les ACTIONS suisses

Un krach de 14% en deux jours, un SMI ramené au niveau d'il y a un an et demi, cela offre de belles perspectives. Le monde ne s'est pas effondré, il n'est même pas certain que la Suisse entre en récession. Certes, les analystes réduisent les prévisions bénéficiaires de certaines entreprises. Mais pour d'autres, c'est juste l'espoir de hausse du dividende qui est remis en cause. Cela ne justifie pas de telles chutes des prix des actions. De plus, les rendements des dividendes sont montés en flèche avec ce krach.

3) Laissez tomber les OBLIGATIONS

Savez-vous que, depuis le 16 janvier, il faut payer pour prêter à 10 ans à la Confédération? Et cela risque de durer. Tant que les taux d'intérêt négatifs seront en vigueur, tant que la déflation minera l'économie, tant que la zone euro n'aura pas retrouvé des couleurs, les capitaux rechercheront les placements à zéro risque, dont les emprunts de la Confédération sont l'emblème.

4) Ne pariez pas sur l'OR ni le PETROLE

Certes, ils se sont tout deux appréciés cette mi-janvier en raison de la tourmente mondiale. Mais le métal jaune se remet mal de l'éclatement de sa bulle de 2013 et le second poursuit sa chute entamée en juillet.

Ces brillants conseils n'émanent évidemment que de journalistes, repris ici par un petit prof. sans prétentions qui, c'est bien connu, passent leur temps à se tromper (également se plaindre et se luger pour le petit prof. mesquin). Ces avis ne valent évidemment rien et le lecteur avisé est prié de s'en remettre aux jugements éclairés des vrais professionnels de la finance qui, eux, ont toujours vu juste.

Pour approfondir le sujet (abandon du taux plancher), télécharger l'édition spéciale du journal L'Hebdo.

Monnaie euro - franc suisse: abolition du cours plancher, quelles conséquences?

Source: UNIL, prof. Philippe Bacchetta (pdf)

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source de l'image: tdg

La Banque nationale suisse (BNS) a annoncé le 15 janvier 2015 l'abolition du cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro. Pourquoi cette décision? Quelles conséquences? Philippe Bacchetta, professeur d'économie à HEC Lausanne et passionné depuis toujours des questions de taux de change, nous explique.

L'annonce de la BNS est-elle une surprise?

Pas vraiment, même si la date de l’annonce est bien sûr une surprise. Depuis 2011, la BNS achète des euros afin de garantir le cours plancher et préserver l'économie suisse d'un franc trop fort. Mais cela n'est possible que tant que les réserves en devises* cumulées par la BNS n'augmentent pas trop ou pas trop vite. La semaine dernière, les résultats de décembre ont été annoncés: en un seul mois, ses réserves ont augmenté de 7%.undefined

Pour plusieurs raisons nous pouvions nous attendre à des interventions croissantes de la part de la BNS. La politique du cours plancher devenait difficile à maintenir plus longtemps.

Les médias relaient autant de réactions préoccupées que de propos rassurants. Faut-il s'inquiéter?

L'abolition du taux plancher a un coût, c'est certain. Le franc suisse va s'apprécier pendant plusieurs mois, à un niveau qu'il est difficile de prévoir. Il y aura de l'inflation négative et certains secteurs vont traverser une période difficile: le tourisme, l'industrie d'exportation, et donc les emplois.

Nous allons assister à une baisse de la croissance, mais il n'y a pas de raison de paniquer: cela ne nous mènera pas à une récession. L'appréciation de notre monnaie n'est pas une catastrophe.

Il faut comprendre que la situation n'est pas ce qu'elle était en 2011. A l'époque, en plus des problèmes liés au cours de l'euro, l'économie américaine allait mal. Aujourd'hui, l'effet est moins fort. Le dollar s'est apprécié, l'économie américaine va mieux et les perspectives dans la zone dollar sont donc meilleures. En parallèle, le prix du pétrole a notablement baissé par rapport à 2011. Les coûts sont alors en partie plus faibles pour les entreprises.

D'ailleurs le prix du pétrole va encore baisser du fait de l'abandon du cours plancher, de même que pour les autres produits d'importation. Si nous voulons voir cela sous un angle positif, le pouvoir d'achat des Suisses va globalement augmenter.

La BNS a abaissé les taux d'intérêts: quelles en sont les conséquences pour tout un chacun?

undefinedAfin d'atténuer les effets de l'abolition du cours plancher, la BNS a en effet abaissé les taux d'intérêts pour rendre les placements en francs suisses moins attrayants. Les banques vont-elles continuer à offrir des intérêts à leurs épargnants? Ce n'est pas sûr, car elles n'ont plus de rendements. Les banques facturent de plus en plus de services pour compenser cette perte, cela a déjà commencé.

Autre conséquence: la spéculation immobilière pourrait augmenter à cause de la baisse des taux d'intérêts, avec des taux hypothécaires qui quant à eux ne vont pas augmenter, voire baisser. (source de l'image: immobiliersuisse)


* Les réserves de change sont des avoirs en devises étrangères et en or détenues par la banque centrale ($550 MM pour la BNS en décembre 2014, soit la 4e réserve mondiale / source: wikipédia). Elles prennent la forme de bons et obligations émises par les États étrangers. Elles sont utilisées pour réguler les taux de change, en augmentant ou diminuant la demande sur une monnaie donnée. Pour plus d'information sur les objectifs et tâches de la Banque nationale suisse.

Support de cours ecol2.com sur le rôle et la régulation de la monnaie.

Monnaie et pouvoir

Source: L'Hebdo, blog sur "Les non-dits de l'économie", tenu par Sergio Rossi

La crise financière éclatée en 2008 au plan global, après la mise en faillite aux États-Unis de la banque d’affaires Lehman Brothers, a eu malgré tout un effet bénéfique pour la Suisse: elle a mis au centre de la scène le fait que les banques, en Suisse comme ailleurs, n’ont pas besoin d’une épargne préalable pour octroyer des crédits à n’importe quels agents économiques. Comme l’avait déjà fait remarquer Joseph A. Schumpeter dans les années 1950, "les crédits bancaires forment les dépôts dans le système bancaire", de par la règle incontournable de la comptabilité à partie double.

De là, le débat s’est enchaîné en Suisse quant à savoir si, afin d’éviter de nouvelles crises financières "systémiques", il convient d’attribuer le privilège de "monétisation" à la seule banque centrale – l’émission monétaire étant tributaire de l’octroi de crédit au bénéficiaire de la monnaie émise par l’institution bancaire concernée.

A qui attribuer le privilège de création de la monnaie?

L’initiative populaire fédérale pour une "monnaie pleine a le mérite de soulever cette question dans le débat public afin d’aboutir à un meilleur système économique. Si les partisans et les opposants à cette initiative savent mener des discussions fondées en termes scientifiques – plutôt que de s’affronter de manière émotionnelle et irrationnelle – ce débat a bien des chances d’être entendu par la classe politique et les autorités préposées à la stabilité monétaire et financière de l’économie suisse. Il est donc fondamental de commencer par s’entendre sur la nature de la monnaie bancaire, son pouvoir d’achat et son mécanisme d’émission.

undefinedC’est là, toutefois, où le bât blesse. Des deux côtés du débat, il y a des conceptions très différentes quant à savoir ce que la monnaie est, d’où tire-t-elle son pouvoir d’achat (étant donné qu’il s’agit simplement d’une écriture à partie double dans la comptabilité des banques) et comment se fait-il que les banques puissent prêter une somme qui n’existe pas a priori (ou ex-ante). Si l’initiative pour une "monnaie pleine" va récolter, jusqu’au 3 décembre 2015, les 100'000 signatures nécessaires afin que le peuple suisse se prononce à ce sujet en votation populaire, elle aura déjà atteint un succès fort remarquable: amener l’ensemble des parties prenantes – pas uniquement les milieux financiers – à comprendre que l’émission monétaire à travers le crédit bancaire est une action capitale pour la stabilité et la soutenabilité de l’ensemble de l’économie. Pour la Suisse, cela signifie concrètement qu'il faudrait empêcher sur le plan structurel qu’une banque quelconque puisse octroyer des crédits sans avoir récolté l’épargne suffisante pour financer des opérations qui, au final, ne génèrent aucun nouveau revenu dans l’ensemble du système économique. Par contre, il faut (continuer à) permettre aux banques de financer par des crédits ex-nihilo des investissements (productifs) car il en va de la formation du revenu national sur le marché du travail.

Comprendre la monnaie est ici essentiel car cela permet de réduire l’asymétrie des connaissances dont profitent en l’état les banquiers et les institutions financières non-bancaires au détriment du bien commun (entendez la stabilité et le développement durable des activités d’ordre économique).

Journal sur la monnaie (source du document et de l'image:iconomix)

Politique d’investissement: relation entre croissance et emploi

Source: L'Hebdo, blog sur "Les non-dits de l'économie", tenu par Sergio Rossi,

undefinedSix années après l’éclatement de la crise financière globale, les États-Unis ont su relancer leur système économique et réduire notamment le taux de chômage au-dessous de 6%. L’Union européenne, par contre, affiche encore des taux de chômage dramatiques, surtout dans la zone euro, dont la croissance économique est purement illusoire en l’état et en perspective pour les prochaines années.

La question majeure que les responsables de la politique économique au sein de l’Euroland devraient se poser concerne le lien entre l’emploi et la croissance économique. Selon la doxa néolibérale, il faut agir sur l’offre de biens et services, déréglementant le marché du travail afin de stimuler les entreprises à engager davantage de collaborateurs dont la rémunération permettra aux firmes d’écouler toute leur production (qui n’aura dès lors plus aucune entrave pour se situer au niveau maximum potentiel). Or, l’évidence empirique montre le contraire: lorsqu’on réduit les acquis sociaux des travailleurs en période de crise, ceux-ci sont fort souvent mis au chômage par des entreprises qui cherchent à réduire le niveau de production afin de préserver leurs marges bénéficiaires ainsi que la rémunération des capitaux investis dans leurs activités. Les taux d’emploi et de croissance économique évoluent dès lors à la baisse.

Si l’on considère donc les "meilleures pratiques" états-uniennes, force est de reconnaître que le "policy mix" des États-Unis est plus efficace que celui appliqué à l’Euroland: au lieu de faire appel à la politique très accommodante de la banque centrale pour améliorer les bilans de bien des banques zombies en Europe, devant contrer les effets négatifs des mesures d’austérité, il faut soutenir et relancer l’activité économique à l’aide d’une politique expansionniste de la dépense publique, visant les investissements dans les infrastructures, les énergies renouvelables et la formation (continue) de la population.

Si le secteur public met en place une telle politique d’investissement, le secteur privé de l’économie a des perspectives moins incertaines pour mener à bien ses propres projets d’investissement à long terme, étant donné qu’il connaît les branches d’activités bénéficiant du soutien d’un État entrepreneur pour le bien commun. Le niveau d’emploi sera alors augmenté, induisant une croissance économique soutenable et qui va permettre de réduire les déficits publics nécessaires pour engendrer le cercle vertueux dont ont urgemment besoin les peuples de l’Euroland, victimes en l’état du cercle vicieux formé par la spirale auto-alimentée du couple "austérité–récession" de marque néolibérale.

 

Choc: la chute du pétrole, c’est le sujet du siècle!

Source: Le Temps, article de Sebastien Dubas et Mathilde Farine (pdf)

undefinedLe journal "Le Temps" a réuni trois économistes pour analyser les conséquences de la chute du pétrole et les faire débattre des grands événements qui marqueront l’année 2015. Michel Juvet, associé de Bordier, Valérie Lemaigre, cheffe économiste de la Banque Cantonale de Genève, et Fabrizio Quirighetti, responsable des investissements de la banque Syz, par ailleurs chroniqueurs dans ces colonnes, y ont participé. (source image: canalblog)

Michel Juvet: La chute du pétrole, c’est même le sujet du siècle! Ou en tout cas des quinze prochaines années. Grâce à une offre supplémentaire de la part des producteurs américains mais aussi au coup de poker de l’Arabie saoudite, toute contente de pouvoir mettre des bâtons dans les roues de son éternel rival iranien, nous connaissons aujourd’hui un antichoc pétrolier dont nous n’aurions jamais osé rêver. Cette baisse du cours du brut aura des effets très positifs sur la croissance. Il y a deux ans, tout le monde s’accordait pour dire que les énergies fossiles étaient trop chères, trop rares. On pensait que seul un choc technologique pourrait relancer l’économie dans nos pays à faible croissance démographique. Or, nous avons aujourd’hui l’équivalent d’un tel choc.

Valérie Lemaigre: La chute du pétrole aura des effets bénéfiques à court terme, notamment sur la consommation. Par contre, il ne faut pas négliger les effets négatifs à moyen et à long terme. D’une part, les pays émergents – ceux qui produisent du pétrole – auront plus de peine à rembourser leurs dettes. D’autant plus qu’ils se sont la plupart du temps financés en dollar, une devise dont la valeur ne cesse de s’apprécier. D’autre part, un prix du pétrole élevé représentait une opportunité extraordinaire pour les entreprises européennes de se concentrer sur un autre facteur de compétitivité que l’éternel coût du travail. Il rendait justement ce choc technologique possible en encourageant les entreprises à investir dans l’efficacité énergétique. La baisse du brut nuit à cette dynamique de compétitivité.

M. J.: Oui, mais en termes purement économiques, il est positif d’avoir une énergie meilleur marché. Cela ne fait aucun doute. Même à moyen terme. Et même pour les pays émergents qui, comme la Chine et l’Inde, importent eux aussi du pétrole. Le risque est plutôt celui d’un choc financier. Car il y a eu un endettement énorme du côté des sociétés productrices de pétrole aux Etats-Unis. On parle aussi d’un défaut du Venezuela dans les six mois, alors que la Russie, très dépendante des énergies, connaît actuellement un grave problème budgétaire. Pour les investisseurs ayant beaucoup misé sur ces dettes à risque, le retour de bâton pourrait s’avérer plus violent qu’on ne le croit, en provoquant une contagion des crédits dans tout le système financier.

Fabrizio Quirighetti: Pour la France, qui consomme 1,6 million de barils par jour, une décote de 30 à 40% du prix du pétrole représente 20 milliards d’économies par an. Soit 1% du produit intérieur brut (PIB).

M. J.: On arrive même à 1350 milliards d’allégements de charges au niveau mondial. La baisse des prix est énorme. En fait, c’est la première baisse d’impôts que l’on connaît depuis longtemps!

– A quel point cette baisse des prix stimulera-t-elle la croissance mondiale?

M. J.: La croissance sera supérieure de 1% l’année prochaine. C’est le résultat d’une décote de 40% du prix du pétrole sur un an.

V. L.: Au-delà d’une année, ce n’est pas une baisse du prix du pétrole qui va changer la structure de croissance mondiale. On l’a bien vu quand le baril est passé de 60 à 150 dollars en 2008, c’est la variation du prix, plus que le niveau, qui va affecter la croissance.

M. J.: Sauf que si le prix du baril était à 150 dollars, c’est qu’il y avait un excès de demande. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

V. L.: Comme l’effet devise, la variation des cours du pétrole va jouer son rôle d’accélérateur durant six mois, puis les effets disparaîtront.

M. J.: Tout le monde tablait quand même sur un scénario d’une hausse continue à long terme du prix du pétrole, d’un baril à 150, puis à 200 dollars. Du coup, un facteur fondamental de l’économie mondiale a changé et affectera les prévisions à long terme. En 2030, le baril sera peut-être à 130 dollars mais pas plus.

V. L.: Je ne crois pas que beaucoup de personnes étaient encore sur un scénario d’un baril à 200 dollars à long terme. C’était le cas en 2008, mais depuis tout le monde a intégré le fait que les Etats-Unis allaient devenir, au moins en 2020, le premier producteur, voire même un exportateur net.

M. J.: N’empêche que cette énergie meilleur marché peut changer la donne politique et économique dans des pays qui se sont lancés dans des énergies alternatives chères, comme l’Allemagne…

– Cette chute des prix ne fait pas que des heureux…

F. Q.: Pour les marchés émergents, c’est vrai, c’est un peu la panique. En tant qu’investisseur, il faut faire la distinction entre les pays importateurs et les pays exportateurs de pétrole. Cela complique la situation.

M. J.: Les facteurs géopolitiques peuvent aussi être une source de déstabilisation au Moyen-Orient. Car, même si l’Arabie saoudite peut compter sur des réserves de 450 milliards de dollars, elle ne pourra pas tenir des années avec un baril à 50 ou 60 dollars. Elle a besoin d’argent pour arroser sa population de subventions, maintenir en place le régime égyptien ou pour financer la guerre contre l’Etat islamique.

– Est-ce le retour au premier plan des facteurs géopolitiques, alors que ces dernières années les marchés en ont moins tenu compte?

M. J.: L’opposition entre l’Occident et le reste du monde se renforce à nouveau, que ce soit au Moyen-Orient ou en Ukraine. Du coup, les facteurs géopolitiques reprennent de l’importance.

F. Q.: Les équilibres vont changer dans un sens qu’on ignore encore, d’où les incertitudes. Si le baril reste à 40 ou 50 dollars durant deux ans, on ne sait pas quel sera le jeu de la Russie, ce qui va se passer au Moyen-Orient, ni quels peuvent être les conséquences de tensions sociales en Amérique du Sud.

– Vous ne parlez pas de l’effet sur les prix. La menace de déflation devient-elle plus importante? (source image: blogspot)undefined

F. Q.: La baisse des prix du pétrole ne provoque pas de la déflation. Au contraire, c’est de la bonne désinflation.

– La Banque centrale européenne (BCE) ne le voit pas ainsi, elle a dit son inquiétude lors de sa dernière réunion début décembre.

F. Q.: Elle a tort, mais c’est génial, car cela la forcera à agir, à devenir plus accommodante. Et ce, en même temps que le pétrole aura un effet dopant sur la croissance européenne dans quelques mois. C’est exactement l’inverse de ce qui s’est passé en 2008, quand la BCE a remonté les taux d’intérêt parce que la hausse du pétrole faisait alors pression sur les prix.

V. L.: La BCE ne s’inquiète pas de l’inflation, mais des anticipations d’inflation. Tout s’enclenche à partir de là. Les négociations salariales se basent sur ces attentes. Or la banque centrale s’inquiète que les cours du pétrole entraînent une baisse des anticipations d’inflation et, donc, finalement de l’inflation.

M. J.: Si on adopte la même logique que tout à l’heure concernant les effets à court et à long terme, cet événement devrait être de courte durée. Donc, les anticipations s’adapteront une seule fois.

– Aujourd’hui, tout le monde considère que la BCE devrait lancer un programme d’assouplissement quantitatif (QE)…

F. Q.: Elle va le faire. Elle n’a qu’un seul objectif: maintenir la stabilité des prix. N’oublions pas que la BCE a commencé à baisser ses taux en novembre 2013 alors que la croissance, même faible, a fait son retour dans la zone euro dès l’été 2013. Pourquoi la BCE est-elle devenue plus accommodante depuis 12 mois alors que la situation économique tend à s’améliorer? C’est parce qu’elle ne s’occupe pas de la croissance.

M. J.: Elle craint la vraie déflation qui entraînerait une baisse des salaires réels. Aujourd’hui, ils augmentent grâce à la baisse des prix du pétrole. Ce qui équivaut à une hausse du pouvoir d’achat. En revanche, si plus tard – et comme dans les années 1930 – les prix baissent, le chômage augmente, les salaires nominaux et réels commencent à se réduire, l’Europe se retrouvera dans un cycle de déflation dont il est difficile de se sortir. Ce n’est cependant pas le cas aujourd’hui.

V. L.: Nous sommes davantage dans un cycle de déflation «à la suisse», avec une contraction des prix qui ne résulte pas essentiellement d’un manque de croissance.

– Dans ce contexte, à quoi va servir un QE en Europe, où les taux d’intérêt ont largement diminué?

M. J.: Il permet de donner de l’oxygène aux banques, d’augmenter leurs marges et de relancer le crédit.

F. Q.: Pour moi, les QE n’ont pas pour vocation de faire baisser les taux mais plutôt de les empêcher d’être volatils. C’est pour les maintenir bas en quelque sorte. D’ailleurs, la Fed a arrêté son QE et les taux ne sont pas remontés.

V. L.: C’est ce qu’a toujours voulu faire la BCE en laissant entendre qu’elle pouvait acheter de la dette souveraine européenne. Maintenant, sa crédibilité est engagée, elle a tellement dit qu’elle pouvait agir qu’elle va devoir passer à l’acte. Mais, à mon avis, un tel plan ne relancera pas le crédit.

M. J.: En soi, je suis d’accord que le seul programme QE ne va pas résoudre les problèmes. Mais on en a besoin, surtout en Europe.

– Pourquoi?

M. J.: En Europe, les ratios de fonds propres des banques ont été resserrés plus vite qu’aux Etats-Unis, d’où un effet pénalisant sur la croissance du crédit. De plus, l’effet psychologique d’un QE est indéniable, il conforte les marchés dans le fait que les taux longs ne vont pas remonter de sitôt.

F. Q.: Il va aussi faire baisser l’euro.

– Voyez-vous un risque d’inflation aux Etats-Unis? (source image: toonpool)

undefinedF. Q.: Comme en 2009 ou en 2010, on peut se faire peur aujourd’hui avec l’inflation. Mais c’est cette peur justement qui pourrait faire retomber tout le monde en déflation en forçant la Fed à remonter ses taux trop vite – ou trop violemment – asphyxiant ainsi toute forme de croissance.

M. J.: Je ne crois pas qu’il y ait un risque dans l’immédiat. Mais par contre dans un ou deux ans, c’est possible. Aujourd’hui, non seulement le pouvoir d’achat et les salaires augmentent aux Etats-Unis, un pays où 65% de l’économie est basée sur la consommation, mais les capacités de production sont quasiment à leur plus haut. A terme, cela aura inévitablement un effet sur les prix.

F. Q.: Le problème, c’est que cette peur de l’inflation risque de tuer les marchés, comme en 1994 lorsqu’elle avait forcé la Fed à remonter les taux à toute vitesse alors que, pour finir, il n’y avait eu aucune hausse de l’inflation.

V. L.: C’est l’inverse si je peux me permettre, c’est à la suite de la remontée des taux directeurs que tout le monde s’était mis à paniquer!

F. Q.: Reste qu’au final il n’y avait pas eu d’inflation.

– Quel sera l’impact d’une hausse des taux sur les marchés?

M. J.: L’histoire montre que toutes les hausses de taux aux Etats-Unis aboutissent, assez rapidement, à une correction des marchés actions de l’ordre de 10%. Une correction temporaire qui dure de un à trois mois. Maintenant, si l’on commence à envisager trois hausses de taux successives et une récession qui s’ensuit, alors la correction sera bien plus importante. Mais ce n’est pas le scénario privilégié pour l’instant.

– Qu’en est-il des actifs européens?

F. Q.: Si nous avons un QE européen, une hausse des taux de la Fed, l’euro qui continue de s’affaiblir et un taux de croissance qui surprend en bien au sein de la zone euro, grâce au prix du baril par exemple, alors tout cela sera plutôt favorable aux entreprises européennes, qui elles n’ont pas leurs marges au plus haut, ni leurs valorisations. Il y a donc un terreau un peu plus fertile pour les actifs européens.

V. L.: L’appréciation du dollar a quand même pour effet de ralentir le cycle des exportations. Or, c’est bien l’Europe qui est la plus exposée au cycle des exportations global. Du coup, cet effet négatif risque d’atténuer la baisse de l’euro.

M. J.: Le potentiel de hausse du marché européen est quand même plus important. On peut non seulement compter sur la croissance des bénéfices des entreprises mais aussi sur un effet liquidité qui fera monter les évaluations, ce qui ne sera pas le cas aux Etats-Unis étant donné la hausse des taux attendue. Cela étant dit, deux soucis majeurs m’empêchent d’être 100% enthousiaste sur l’Europe: la Grèce, et la peur à nouveau qu’un pays quitte la zone euro, et la France. Car Paris n’a toujours pas réalisé la moindre réforme économique, mais en plus on se rapproche déjà de l’élection présidentielle de 2017. Dès la fin 2015, le gouvernement ne prendra donc plus aucune mesure économique. Si, d’ici là, la France n’a fait aucune réforme et n’a pas progressé au niveau budgétaire, il y a un risque pour que les marchés deviennent plus sanguins avec elle, comme ils l’ont fait avec l’Italie.

F. Q.: La France a quand même une meilleure assise économique que l’Italie. Le problème, c’est qu’elle n’arrive pas à réformer. En Italie, c’est l’inverse. La démographie est défavorable et la dette plus élevée. Mais par contre, Matteo Renzi a les mains libres pour avancer sur les réformes. En résumé: la France dispose d’un potentiel qu’elle n’arrive pas à exploiter alors que l’Italie a moins de potentiel mais est capable d’aller dans la bonne direction.

M. J.: Je ne dis pas que la France va faire faillite, elle peut très bien vivre avec 100% d’endettement public. Même si ses taux d’emprunt montent à 1,5%. Simplement, c’est une épine majeure dans les relations franco-allemandes, fond de la cohésion dans la zone euro. Si la France n’arrive pas à montrer qu’elle peut faire des efforts, l’Allemagne ne la suivra pas. Et les marchés pourraient bien lui infliger une montée rapide et pénalisante de ses taux d’intérêt.

F. Q.: Encore plus si ce sont les extrêmes qui arrivent au pouvoir.

V. L.: Pour moi, le problème principal de la France, mais aussi de l’Italie, ce sont leurs systèmes productifs respectifs. Les deux pays n’ont plus investi en capital depuis longtemps et, du coup, la productivité de leur capital est sérieusement mise à mal. C’est ce qui fait la différence avec la Suisse. Il faut donc commencer à travailler sur les entreprises, alléger les charges et mettre en place d’autres mesures pour essayer de stimuler les investissements. Les problèmes politiques ne viennent qu’ensuite. Car même s’ils parviennent à mettre des réformes en route maintenant, il faudrait très longtemps pour qu’on en voie les effets.

F. Q.: Les marchés par contre seraient contents. Ils auraient le sentiment que ces pays vont dans la bonne direction.

V. L.: A ce titre, le sentiment a explosé en Italie ces derniers mois. Malheureusement, cela n’a pas duré.

– Comment expliquez-vous que les marchés ne se soient pas davantage inquiétés de la situation française alors que les économistes ne cessent de pointer les problèmes?

F. Q.: Parce qu’il ne s’agit pas du pire élève.

M. J.: Parce qu’elle est systémique. On ne peut pas laisser tomber la France.

V. L.: Et parce qu’elle ne se trouve pas au bord du précipice. Et elle n’avait pas autant besoin de capitaux étrangers que d’autres pays de la zone euro.

F. Q.: Se poser cette question revient à en poser une autre: Pourquoi les taux d’intérêt restent bas au Japon? Parce qu’il existe un excès d’épargne. Si les investisseurs européens ne veulent pas placer leur argent dans des obligations des pays de la périphérie, ils ne peuvent pas non plus acheter uniquement de la dette allemande. Que faire d’autre? Il faut bien qu’ils le placent ailleurs, donc en France ou, dans une moindre mesure, aux Etats-Unis. Pour diversifier.

V. L.: Cette évolution est liée aux restrictions de placement des caisses de pension, qui doivent détenir des emprunts obligataires locaux. Cela dit, les investisseurs étrangers représentent aujourd’hui une part beaucoup plus importante des détenteurs de dette française que dans le passé. La sanction pourrait venir de ces investisseurs étrangers.

F. Q.: Oui, et cela pourra poser des problèmes. L’investisseur japonais, qui lit dans les journaux que Marine Le Pen a été élue, n’aura pas d’état d’âme à vendre ses obligations et se diversifiera ailleurs.

M. J.: Paradoxalement, cette montée des extrêmes convaincra peut-être Angela Merkel de l’importance du QE pour la stabilité politique en Europe. Elle voudra éviter que ces partis n’obtiennent le pouvoir et déstabilisent encore davantage la zone euro. C’est une femme politique pragmatique, elle préférerait que les Français fassent davantage d’efforts, mais la montée des extrêmes est un risque politique pour elle-même et la zone euro.

F. Q.: D’ailleurs, le modèle allemand montre aussi ses limites. Etant basé sur les exportations, il souffre de la morosité européenne et du ralentissement chinois. Une zone euro comprenant uniquement des Allemands ne fonctionnerait pas, et ils commencent à le comprendre.

M. J.: La baisse de l’euro les aidera, leurs exportations hors zone euro représentent 17% de leur PIB.

F. Q.: Oui, mais pas suffisamment.

Conjoncture: 2015, année de la reprise ?

Source: France Inter, Hélène Jouan

"Notre route est droite mais la pente est forte" disait Jean Pierre Raffarin en son temps.

Si quelques fondamentaux, cours du pétrole, dépréciation de l’euro, politique volontariste de la banque centrale européenne semblent remettre les clignotants au vert, pour autant, est-ce vraiment le début de l’amorce de la fin de la crise pour la France, et pour nous évidemment ? 

Invités pour en débattre:

  • Marc de Scitivaux, économiste, fondateur des Cahiers Verts de l’Economie.
  • Xavier Timbeau, Directeur du département analyse et prévision de l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques).
  • Guillaume Duval, directeur de la rédaction du magazine Alternatives Economiques.

 

 

Relance: le Japon cherche les moyens de relancer son économie

Source: Yuya Shino de Reuters

Pour tenter de relancer l'économie japonaise, Shinzo Abe, le premier ministre, doit annoncer un nouveau plan de relance de l'ordre de 3 500 milliards de yens (24 milliards d'euros). Avec un objectif : donner un coup de pouce à la consommation.undefined

Comme le montrent plusieurs indicateurs, publiés hier le Japon finit l’année sur une note négative. L’inflation ralentit toujours : en novembre, pour le quatrième mois d’affilée, la hausse des prix s’est tassée. Elle se situe, hors produits périssables, à + 2,7 % sur un an, contre + 2,9 % en octobre, a annoncé le ministère des affaires intérieures. Mais, en excluant l’impact de la hausse, début avril, de la taxe sur la consommation (l’équivalent de la TVA), qui gonfle l’inflation de l’ordre de deux points, la progression des prix est de 0,7 % seulement, selon la méthode de calcul proposée par la Banque du Japon (BoJ), soit encore loin de son objectif de 2 %. Et la baisse des prix du pétrole devrait contribuer encore à freiner la progression des prix. La production industrielle recule aussi: les industriels ont réduit leur production en novembre, de 0,6%. Ce chiffre est bien en deçà des attentes des économistes (+0,8%). Ces derniers prévoient néanmoins un rebond en décembre et janvier.

Cela fait plusieurs mois déjà que les "Abenomics" patinent et que les doutes se multiplient quant à l’efficacité de cette politique de relance massive. Au troisième trimestre, le Japon est entré en récession, avec un produit intérieur brut (PIB) en recul de 0,5% par rapport au trimestre précédent, soit une chute en glissement annuel de 1,9%. Le PIB avait déjà reculé de 7,3% en glissement annuel entre avril et juin. Ce coup d’arrêt de l’économie nipponne a contraint le gouvernement à repousser son projet d’une seconde augmentation de la TVA.

Les entreprises invitées à "partager le gâteau"

À peine réélu, M. Abe a d’ailleurs pressé les chefs d’entreprises de donner du pouvoir d’achat, à la fois en augmentant les salaires lors des prochaines négociations du printemps, et en payant mieux leurs sous-traitants. Les salaires réels (une fois déduite l’inflation) se sont repliés de 4,3 % en novembre (par rapport au même mois en 2013), la plus forte baisse depuis cinq ans. Ils sont en baisse depuis 17 mois consécutifs.

Jeudi 25 décembre, le gouverneur de la Banque centrale du Japon (BoJ), Haruhiko Kuroda a lui aussi mis les patrons sous pression. S’exprimant devant les membres de fédération patronale Keidanren, les grandes compagnies, largement bénéficiaires de la dépréciation du yen, il les a pressés de changer "leur attitude", de "partager le gâteau" et réinvestir leurs profits "afin que le cercle vertueux de l’économie s’installe solidement".

Pour autant, le milieu patronal japonais reste circonspect face aux « Abenomics ». Bon nombre de patrons attendent la mise en œuvre de la "troisième flèche", celle des réformes structurelles: réforme du marché du travail et de l’agriculture, baisse de l’impôt sur les sociétés.

Importations: les entreprises suisses profitent de la baisse du pétrole

Source: afp/Newsnet

undefinedDepuis le début de l'été, les cours de l'or noir ont perdu près de la moitié de leur valeur. Ils se négocient désormais en dessous du fameux seuil de rentabilité fixé à 60 dollars le baril. Les tarifs n'ont jamais été aussi bas depuis cinq ans.

Une aubaine pour les pays importateurs de pétrole comme la Suisse. La chute des prix de l'or noir devrait entraîner une augmentation du produit intérieur brut (PIB) du pays entre 0,3 et 0,6%, en 2015.

"Si la baisse des prix du brut se répercute en premier lieu sur les tarifs à la pompe, elle profite à l'ensemble des secteurs de l'économie helvétique", a expliqué Olivier Cadot, directeur de l'Institut de macroéconomie appliquée à HEC Lausanne.

Désastre pour la planète

Sans surprise, les industries et les entreprises de transformation sont les premières gagnantes de cette dégringolade. "Le secteur des services en bénéficiera aussi, mais dans une très faible mesure", souligne Bruno Jacquier, économiste auprès de la banque privée Edmond de Rothschild.

Le secteur des énergies renouvelables va par contre souffrir de cet affaissement, indique Olivier Cadot, mais les recettes de l'impôt sur les carburants pourraient augmenter, suite à l'accroissement de la consommation d'essence.

Tarifs moins attractifs

Ce coup de fouet, qui touche la Suisse et l'Union européenne (UE), principale partenaire économique du pays, reste cependant marginal, pour Sergio Rossi, directeur de la chaire de macroéconomie et d'économie monétaire à l'Université de Fribourg.

La baisse du prix du brut met du temps à se répercuter sur les prix à la pompe. Mais le phénomène est déjà bel et bien engagé. Les carburants s'achètent de longs mois à l'avance. "Et le manque de concurrence entre distributeurs sur sol helvétique n'améliore pas la situation", informe Sergio Rossi.

Et si la Réserve fédérale américaine (Fed) décide d'augmenter ses taux d'intérêt en 2015, cela va entraîner une dépréciation du franc face au dollar et les tarifs pétroliers négociés en monnaie américaine risquent d'être moins attractifs en Suisse.

"Il est clair que cette baisse des prix profite plus aux grands consommateurs d'énergie comme les Etats-Unis et la Chine. En Suisse et en Europe, l'impact de la chute est plus faible", déclare Bruno Jacquier.

Risque de déflation

Face à cette dégringolade, un recul de l'inflation est attendu. Le KOF a ainsi revu ses pronostics d'inflation à -0,1% pour 2015. "Face au risque de déflation, la Banque nationale suisse (BNS) devrait maintenir le taux plancher de 1,20 franc pour un euro", estime Bruno Jacquier.

Plus loin, les prix du pétrole devraient tendanciellement augmenter. "Les pays producteurs ne peuvent continuer indéfiniment à perdre de l'argent", remarque Olivier Cadot.

D'autant plus que la demande en produits pétroliers n'est pas en baisse au niveau mondial. A l'heure actuelle, on remarque plutôt une progression moins prononcée", souligne Bruno Jacquier.

Difficile pourtant de déterminer avec précision le moment de la hausse effective. "Cela dépend de tellement de facteurs et de la situation de nombreux pays comme la Chine et l'Inde, par exemple", indique Olivier Cadot.

"En attendant, les pays européens qui profitent de cette chute feraient bien d'augmenter leurs taxes sur les carburants, dans le but de réduire leur dette et de baisser un peu la pression sur les budgets publics", conseillent Olivier Cadot et Sergio Rossi.

Crise: comprendre le plongeon du rouble de cette semaine

Source: AFP

Profonde récession, flambée des prix, système bancaire fragilisé : si le rouble semble stabilisé après son plongeon historique du début de semaine, la Russie doit maintenant faire face aux lourdes conséquences du choc monétaire subi cette semaine.

Pour bien des Russes, c'est un soulagement. La monnaie nationale finit la semaine à peine plus faible qu'elle l'avait commencé, autour de 59 roubles pour un dollar. Le mouvement de panique boursière de lundi et mardi, quand le dollar a crevé le plafond inimaginable des 80 roubles, ressemble à un cauchemar qui vient conclure une année de chute progressive, sur fond de crise ukrainienne et de baisse des cours du pétrole, principale source de revenus de l'Etat. A l'origine du rebond: le gouvernement est sorti de sa passivité et a joint ses efforts à ceux de la banque centrale, acculée à une hausse de taux radicale (17% contre 10,5%). Mais surtout, les prix du pétrole ont rebondi.

"Consommation et investissements vont cependant pâtir de la hausse des taux d'intérêts, l'inflation va augmenter à cause de l'affaiblissement de la monnaie, la confiance est ébranlée, les banques vont demander l'aide du gouvernement et certains rayons seront vides après le Nouvel an", énumère-t-il. "La trajectoire de l'économie dans les six mois à venir va se révéler bien pire que prévu à cause de ce qui s'est passé cette semaine", prévient Chris Weafer, de la société de conseil Macro Advisory. Il prévoit une chute de 5% du produit intérieur brut au premier semestre.

Effet immédiat des montagnes russes des taux de changes, certains fournisseurs ont préféré tout simplement cesser leurs livraisons plutôt que d'augmenter leurs prix, sans visibilité: Apple a fermé sa boutique en ligne, Ikea a suspendu deux jours ses ventes de cuisines, les automobiles Opel et Chevrolet ne sont plus livrées aux concessionnaires. La presse russe évoque des décisions similaires pour les boissons alcoolisées et les vêtements importés (Zara, TopShop, Calvin Klein...), manière d'éviter de vendre à perte au moment où des Russes précipitent leurs achats pour anticiper la valse des étiquettes. Le mouvement commence déjà et l'inflation, déjà proche de 10%, menace d'atteindre les 15% dans les mois à venir, entraînant une baisse du pouvoir d'achat des ménages.

"On observe des signes croissants que la crise se répand dans le secteur bancaire", a également prévenu vendredi le cabinet londonien Capital Economics. Le secteur financier russe est particulièrement vulnérable, avec d'un côté de puissants mastodontes publics et surtout des centaines d'établissements fragiles. Les premières mesures annoncées dès mardi visent donc à assurer la stabilité financière: meilleur accès aux liquidités, assouplissement de normes comptables pouvant aboutir à des pertes. Dès vendredi, les députés de la Douma ont approuvé un texte prévoyant la recapitalisation des banques à hauteur de 1'000 milliards de roubles (17 milliards d'euros). La spirale du rouble a rappelé à bien des Russes la crise de 1998, quand la Russie a fini en défaut de paiement. "Les gens réagissent comme en 1998 mais il n'y a pas de raison: en 1998, la Russie était un pays en faillite, maintenant elle est en bonne santé financière", assure Chris Weafer

Plus de dix ans de prix élevés du pétrole ont permis à Moscou d'accumuler des fortes réserves de devises, qui dépassent 400 milliards de dollars même si elles ont fortement baissé avec cette crise. Sa dette publique dépasse à peine 10% de son PIB et le budget est resté pour l'instant équilibré, voire excédentaire.

Toutes les entreprises ne sont pas aussi bien armées, et certaines auront du mal à rembourser les crédits contractés en dollars ou euros. C'est par ailleurs toute l'ex-URSS qui se trouve fragilisée. La population du Bélarus, dont l'économie très fermée et dépendante de la Russie, semble craindre un effet domino et s'est ruée vers les bureaux de changes, dont beaucoup étaient vendredi à court de devises. Face à la panique, la banque centrale a décrété une taxe de 30% sur les achats de devises et des contrôles de capitaux, et la Bourse est restée fermée vendredi.

Monnaie: le rouble ne vaut plus... un kopek

La décision de l'OPEP de ne pas réduire sa production de pétrole a accentué la chute de la devise russe déjà malmenée par les sanctions européennes. Le rouble a ainsi atteint son plus bas niveau face au dollar et à l'euro depuis le krach d'août 1998.

Source: Laurence Habay du Courrier International

undefinedFaiblesse russe

Plus de 52 roubles pour un dollar, plus de 65 pour un euro : "C'est la plus forte baisse du rouble depuis 1998" [date du dernier krack en Russie], s'alarme Gazeta.ru.

Cet effondrement est une conséquence directe de la chute du prix du pétrole descendu sous les 70 dollars le baril (le 1er décembre). Les experts estiment qu'elle pourrait se poursuivre jusqu'à 40 dollars le baril, et "le monde assistera alors à la répétition des événements qui ont conduit, il y a trente ans, à la faillite du Mexique et ont mis fin à l'existence de l'URSS". "La chute considérable du prix du brut en 1997-1998 fut également l'un des facteurs ayant provoqué le défaut russe en août 1998", estime l'analyste principal de la Danske Bank, Allan von Meren.

La chute du prix du baril est quant à elle, rappelle Vedomosti, la conséquence de la décision de l'Opep, il y a deux semaines, de ne pas réduire sa production, soit 30 millions de barils/jour, quotas fixés en décembre 2011, et qui ne devrait plus bouger au moins jusqu'en juin 2015, date de la prochaine réunion des pays membres de l'organisation.

Déflation européenne

A noter qu'en parallèle, les données européennes montrent que les prix chutent depuis avril dernier en Allemagne, en France, en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique, au Portugal, en Grèce et dans les pays baltes, ce qui alimente "la bataille au sein de la BCE entre les faucons allemands qui martèlent que les politiques monétaires d’assouplissement ne fonctionnent pas […] et Mario Draghi qui semble prêt à faire fonctionner la planche à billets pour créer de l’inflation", explique le Daily Telegraph.

Offre et demande: pourquoi le cours du pétrole n'en finit pas de baisser

Le prix du pétrole pique du nez sur les marchés mondiaux, sur fond de morosité économique. Ce qui ne fait pas l'affaire de l'Iran et de la Russie.

Source: Pascale Boyen du Courrier International

undefinedLes cours de l'or noir ont de nouveau chuté hier. Cette baisse brutale s’explique, entre autre, par la publication du rapport mensuel de l’Agence internationale de l’énergie, qui prévoit un ralentissement de l’augmentation de la demande mondiale, explique The Wall Street Journal. Selon l’agence, la consommation ne progressera cette année "que" de 700'000 barils par jour, soit 22 % de moins qu’elle ne l’estimait précédemment.

Offre pléthorique

De manière plus générale, analyse le Financial Times, plusieurs facteurs contribuent ces derniers mois à la baisse des prix. D’un côté, la mollesse de l’économie mondiale – notamment celles de l’Asie et de l’Europe –, qui pèse sur la demande, et de l’autre côté, une offre pléthorique. D’abord, parce que le boom de la production du pétrole et du gaz de schiste ne faiblit pas aux Etats-Unis. Ensuite, parce que la zizanie règne au sein de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).

L’Arabie Saoudite, membre le plus important du cartel, a déjà prévenu qu'elle s’opposerait à toute volonté de réduire la production – quitte à s’accommoder pendant un certain temps de la faiblesse des cours.

Guerre du pétrole

Thomas Friedman, éditorialiste au New York Times, replace cette attitude dans un contexte géopolitique plus large. "Est-ce le fruit de mon imagination où une guerre mondiale du pétrole est-elle en train d’opposer les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, d’une part, à la Russie et à l’Iran d’autre part ?" s’interroge le journaliste, en rappelant qu’une "guerre par procuration" oppose déjà ces deux ensembles de pays en Syrie.

Selon ce scénario, "Washington et Riyad s’efforceraient de faire baisser les cours du pétrole jusqu’à un niveau qui ne permettrait plus à Moscou et à Téhéran de financer leur budget."...

Crise: les logements à Genève

Aujourd’hui, nous allons apprendre ensemble pourquoi à Genève, depuis maintenant un bon nombre d’années, il est de plus en plus difficile de louer un appartement à un prix correct, pourquoi il est pratiquement impossible de trouver un logement tout court et pourquoi la majorité des régies profitent grassement de la situation.

Pour en savoir plus: visiter le site de la lafilledufond / aout 2014

Ceux qui sont intéressés peuvent visiter les sites du Groupement des coopératives d’habitation genevoises  ou l'étude des besoins et de l’offre en logements pour le plan directeur cantonal.

Les principaux engagements du G20: plus de croissance et de transparence fiscale, lutter contre le réchauffement climatique

"Le G20 a changé de vitesse. Il a défini un agenda de croissance (...). Les économies du monde vont aller mieux. Notre message est qu’il y a un espoir, qu’existe un plan d’action et qu’il a été approuvé", s’est félicité le premier ministre australien Tony Abbott.undefined

Investissements et mesures de libéralisation pour plus de croissance

En matière de croissance, les pays membres du G20 (90 % de l’économie mondiale) visent une croissance additionnelle d’au moins 2,1 % de leurs PIB cumulés d’ici 2018. Soit un surcroît de richesses de 2 000 milliards de dollars et des millions de créations d’emplois supplémentaires. Cette estimation ne tient pas compte des 300 milliards du plan Juncker en faveur de l’investissement, qui viendra donc s’ajouter à ces 2,1% supplémentaires.

Pour obtenir un tel résultat, des stratégies nationales de croissance devront être mises en place ou précisées. Elles reposent pour l’essentiel sur un effort supplémentaire d’investissements dans les infrastructures mais aussi sur des mesures de facture plus libérale (déréglementation du marché des biens et des services, flexibilité accrue des marchés du travail...).

Un engagement vers plus de transparence fiscale

Le G20 encourage également les progrès réalisés sous l'égide de l'OCDE contre l'optimisation fiscale des multinationales, citant spécifiquement les pratiques du rescrit fiscal, du type de celles utilisées notamment par le Luxembourg et révélées par le scandale Luxleaks, accords passés entre le Luxembourg et plusieurs groupes internationaux permettant à ces derniers de payer in fine moins d'impôt. Ces révélations ont fragilisé le tout récent président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ancien Premier ministre du Grand-duché, soumis depuis à un feu nourri de questions sur sa légitimité aux vues des pratiques fiscales de son pays (révélé par le récent scandale "Luxleaks").

Un paragraphe difficilement arraché sur le climat

Par ailleurs, au terme d'âpres négociations, les pays du G20 sont parvenus à pondre un paragraphe sur le climat dans leur communiqué final. "Nous soutenons une action forte et efficace pour faire face au changement climatique. Nous réaffirmons notre soutien à la mobilisation de moyens financiers pour l'adaptation (des pays victimes des changements climatiques), tel le Fonds vert" des Nations unies. Les pays du G20 travailleront "ensemble pour adopter avec succès un protocole, ou pour convenir d'un résultat juridiquement contraignant selon la CCNUCC (convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques) applicable à toutes les parties" à la conférence sur le climat prévue en 2015 à Paris.

Source: AFP / RTS / Le Monde (Claire Guélaud)

POUR ALLER + LOIN

Le va-et-vient du modèle irlandais

Source: Michael O'Sullivan dans Le Monde du 10 janvier


Jeroen Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe, se dit confiant dans l'avenir financier de l'Espagne et de l'Irlande, après que les ministres ont approuvé, jeudi 14 novembre dernier, à Bruxelles, la fin des plans d'aide aux deux nations.
L'Irlande est désormais parvenue à s'extraire du plan de sauvetage et d'austérité établi par la "troïka" – Commission européenne, Banque centrale européenne (BCE) et Fonds monétaire international (FMI) – à l'adresse des États les plus endettés de la zone euro.

Pour certains responsables politiques européens, dont l'ancien président de la BCE (2003-2011), Jean-Claude Trichet, les efforts tenaces de l'Irlande en faveur de l'austérité constitueraient un modèle pour les autres pays. Cela est-il bien vrai ?

Il n'y a pas si longtemps, le miracle économique irlandais était également considéré comme un modèle – le pays était qualifié de « phare de l'Europe » par le magazine The Economist en 1997 –, suscitant l'admiration d'observateurs aussi divers et distants que la Chine et Israël.

Puis, l'Irlande est devenue… le modèle à ne pas suivre dans la gestion de sa bulle immobilière, puis de la crise bancaire. Mais, bien que sa sortie du programme de la « troïka » constitue bien évidemment une réussite, eu égard aux perspectives catastrophiques qui étaient celles du pays à la fin de l'année 2010, nul ne voudrait faire l'expérience de ce que l'Irlande a vécu.

La plupart des citoyens irlandais réfuteraient très certainement l'idée selon laquelle leur pays incarnerait l'élève modèle en matière d'austérité. Le fait que l'Irlande soit redevenue à la mode reflète la confusion de la pensée économique des décideurs de la zone euro, ainsi que le mimétisme irrationnel des différents think tanks et institutions internationales.

Un certain nombre de leçons

Un modèle socio-économique digne de ce nom doit être construit autour d'une "manière de faire les choses" enracinée dans le pays concerné – un modèle aussi profondément enraciné que, par exemple, le modèle scandinave tant vanté et qui se révèle de ce fait quasi impossible à reproduire ailleurs.

Or, la "manière irlandaise" de faire les choses a très peu évolué, et cela malgré la crise. Les réformes politiques et institutionnelles n'ont en rien correspondu à un changement de mode de vie de la population; la transparence de la vie publique est demeurée désespérément faible.

Pour autant, un certain nombre de leçons peuvent être tirées de l'expérience irlandaise récente. Contrairement aux autres États périphériques de l'Union européenne, l'Irlande a instauré un consensus politique autour de la nécessité de l'austérité, et a répété en permanence ce message, sur le plan national comme à l'étranger.

Tout comme le Chili au cours de la crise financière en Amérique latine, l'Irlande est parvenue à gérer la crise de manière relativement appropriée, et les institutions nationales les plus tournées vers l'étranger (telles que l'Autorité pour le développement industriel ou encore l'Agence nationale de gestion du Trésor) ont projeté une image cohérente et positive tout autour du monde.

Fidélité au statu-quo

Il appartient néanmoins à l'Irlande d'en faire davantage. Il va notamment lui falloir se concentrer sur les effets de la crise bancaire sur le potentiel de croissance à long terme de l'économie, sur la manière de modifier la nature et la structure du système bancaire, sur la capacité des entreprises locales à s'adapter au resserrement du crédit, ainsi que sur les coûts sociaux croissants de l'austérité.

Les leaders politiques du pays ont tiré un enseignement de l'expérience du plan de sauvetage : la fidélité au statu quo est la meilleure manière d'aller de l'avant, plutôt qu'une combinaison d'"épreuve de vérité" et d'action radicale.

Car les choses ne sont pas si simples. Si la détermination peut être à recommander, les politiques de « mêlée tête baissée », pour utiliser le vocabulaire des terrains de rugby, sont porteuses d'autres dangers. Bien qu'il soit possible que l'Europe s'extraie douloureusement de la crise actuelle par la seule voie de l'austérité, elle ne saurait en sortir pleinement armée pour relever les défis de ses insuffisances structurelles, sans parler des progrès à accomplir dans l'union budgétaire, bancaire et politique.

En outre, le risque est que certains confondent le constat que la "fidélité" au statu quo fonctionne avec l'idée que l'"austérité" fonctionne. Or, il est encore trop tôt pour le dire.

Prise de risque et innovation

Comment, par exemple, démêler l'impact de l'austérité sur la sortie de crise irlandaise de celui des dépenses colossales assumées par Mario Draghi, le président de la BCE ? Comment pourrions-nous affirmer la réussite de l'austérité si de grandes économies de la zone euro telles que la France échouent à retrouver la croissance ?

Une seconde difficulté réside dans la question de la prise de risque elle-même. Il est possible que la prudence de son approche ait contribué à extraire l'Irlande du programme de la "troïka".

Mais, d'un autre côté, une approche exempte de prises de risque permettrait-elle de galvaniser suffisamment le pays pour pouvoir en redessiner le secteur bancaire, en restaurer le système de santé défaillant, ou encore réparer les dégâts sociaux engendrés à travers l'Irlande tout entière ?

En affaires, la prise de risque et l'innovation, son étroit corollaire, ne peuvent être importées en provenance d'autres contrées. Certaines choses ne peuvent être construites "maison" (traduit de l'anglais par Martin Morel © Project Syndicate. www.project-syndicate.org).

La crise qui a radicalement changé le visage de la Grèce

Athènes l'affirme : la Grèce serait sur la voie du redressement. Le pays a dégagé pour la première fois en 2013 un excédent primaire (hors service de la dette) de 1,5 milliard d'euros et après six ans de récession, le retour à la croissance est annoncé avec une hausse prévue du produit intérieur brut (PIB) de 0,6 % en 2014 et de 2,9 % en 2015.

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Les Grecs, eux, ont du mal à voir l'amélioration. Les syndicats du public et du privé ont appelé à une grève générale de vingt-quatre heures, mercredi 9 avril. Ils s'opposent aux nouvelles mesures votées dimanche au Parlement grec qui prévoient la libéralisation de professions jusqu'ici fermées à la concurrence et organisent une nouvelle vague de mise en disponibilité au sein de la fonction publique d'ici à fin 2014.

Car cette timide reprise ne s'est pas faite sans sacrifice. Certes les Européens et le Fonds monétaire international (FMI) auront, à terme, injecté 240 milliards d'euros de prêts dans le budget national grec. La faillite, en 2010, de l'Etat, liée à l'explosion de la dette publique qui s'établissait en 2009 à 127 % du PIB, a été évitée.

Mais en échange de cet argent frais, Athènes s'est engagé à restaurer la viabilité de ses finances publiques, en signant deux grands accords cadres – les mémorandums – assortis d'objectifs financiers et structurels très précis. Ces mémorandums, 10 votes au Parlement et près de 400 textes d'application ont, en moins de quatre ans, radicalement changé le visage de la Grèce. Et notamment bouleversé le droit du travail.

LES SALAIRES DES FONCTIONNAIRES ONT ÉTÉ RÉDUITS

Dans le public, les salaires des fonctionnaires ont été réduits, par la mise en place d'une grille unifiée des rémunérations, de 7 % à 55 % selon les cas. Les treizième et quatorzième mois ainsi que de nombreuses primes ont disparu. Selon une récente déclaration du ministre chargé de la réforme de l'Etat, Kyriakos Mitsotakis, le pays compterait désormais un peu plus de 610 000 fonctionnaires, soit 200 000 de moins qu'il y a quatre ans. Pour cinq départs à la retraite, l'Etat ne procède plus qu'à une embauche. Et d'ici fin 2014, 25 000 agents seront mis en disponibilité et 15 000 seront licenciés.

Les pensions des retraités, déjà amputées en 2010, ont encore perdu cette année entre 5 % et 15 % selon les situations. Les services publics ont été mis au régime sec. Ainsi, la part du budget alloué à la santé est passée de 10,03 % à 9,16 % du PIB entre 2009 et 2012, selon l'Autorité statistique hellénique (ELSTAT).

Neuf hôpitaux d'Athènes et Thessalonique (deuxième ville du pays) ont été transformés en centres de soins aux prestations réduites. Près de 10 000 lits ont disparu et le recrutement du personnel hospitalier a été gelé. Tous les centres de soins de santé primaires ont fermé.

Dans l'éducation, les dépenses ont diminué de 28,3 % entre 2008 et 2013 et plafonneront à 5,1 milliards d'euros en 2014. Ce qui s'est traduit par la fermeture de départements entiers dans l'enseignement technique ainsi que la mise en disponibilité de 1 750 agents administratifs des universités.

Dans le privé, au nom de la politique de dévaluation interne visant à rétablir la compétitivité du pays, le salaire minimum brut est passé de 751,39 euros en 2009 à 586,08 en 2012. Il est de 489,38 euros pour les jeunes de moins de 25 ans. Alors qu'avant la crise, c'est au terme de négociations entre partenaires sociaux que s'établissait le niveau du salaire minimum, cette baisse, allant de 22 % à 33%, a été imposée par une loi votée en 2012.

De manière générale, le marché du travail a été largement dérégulé. Les conventions collectives et accords de branches ont été au mieux vidés de leur sens, au pire supprimés. La flexibilité accrue. Il est désormais plus facile de licencier et de recourir au contrat à durée déterminée.

28% DE LA POPULATION ACTIVE EST AU CHÔMAGE CONTRE 7,5 % EN 2009

Si les conditions de travail se sont durcies, le principal souci de nombreux Grecs est aujourd'hui le chômage alors que, après six ans de récession, 240 000 PME (sur 780 000) ont mis la clé sous la porte. Vingt-huit pour cent de la population active est au chômage contre 7,5 % en 2009. Et, comme en Grèce, l'assurance-maladie dépend de l'emploi, les ONG estiment que 2 à 3 millions de personnes ne sont plus assurées dans le pays et donc dans l'impossibilité de se soigner.

La chute de la consommation – 23,7 % de la population grecque est passée sous le seuil de pauvreté en 2013 – mais aussi le manque de liquidités bancaires et la pression fiscale accrue continuent d'empêcher toute véritable reprise alors même que les investissements étrangers, malgré la dévaluation interne, se font attendre. Le programme de privatisations censé rapporter 9,5 milliards d'euros d'ici fin 2016 a d'ailleurs pris du retard faute d'investisseurs.

Si aujourd'hui le premier ministre, Antonis Samaras, se veut confiant et évoque le retour prochain de la Grèce sur les marchés, l'économie tourne encore au ralenti et ne produit pas suffisamment de richesses pour augmenter significativement les recettes fiscales. Les créanciers du pays en sont conscients et envisagent déjà un troisième plan d'aide. Qui s'assortirait sans nul doute de nouvelles mesures à l'heure où il devient de plus en plus difficile de convertir aux vertus de l'austérité de nombreux Grecs épuisés par quatre années de sacrifices.

Source: Adéa Guillot, Le Monde, 8 avril 2014

Pour aller + loin: dix questions reponses sur la crise grecque

"Sauvez l'or de la Suisse" en votation le 30 novembre

L'initiative "Sauvez l'or de la Suisse" lancée par l'UDC vise à conserver les réserves d'or dans les coffres de la Banque nationale suisse (BNS). Le texte veut empêcher la BNS de vendre son or et l'empêcher de miser sur des devises étrangères jugées incertaines.

Concrètement, la BNS - qui possède actuellement 1040 tonnes d'or, soit 60 milliards de francs - aurait cinq ans pour acheter massivement du métal jaune. De même, elle aurait deux ans pour rapatrier les stocks déposés à la banque d'Angleterre (20%) et à la banque du Canada (10%). Les argumentaires sont les suivants*:

Pour Contre
...une garantie d'indépendance
Pour les partisans, qui estiment que la BNS est à la merci de la Banque centrale européenne et de la Fed américaine, l'or est une garantie d'indépendance. Les initiants veulent réparer l'erreur faite en "bradant" les réserves d'or (voir débat ci-dessous) et ramener la part en or des actifs de la BNS à 20%.ı
...un manque de liberté d'action
Les opposants à l'initiative craignent que la BNS ne puissent plus mener une politique monétaire indépendante pour assurer la stabilité des prix. Selon eux, des emplois dans les secteurs industriels et financiers pourraient même être menacés.

* source: rts

Ils rappellent cependant que le cours de l'or peut être un placement hasardeux, comme en témoigne sa chute en 2013 qui a fait perdre 15 milliards de francs à la BNS. De plus, les opposants estiment que les cantons pourraient être perdants dans la mesure où ils ne toucheraient pas d'intérêts ou de dividendes sur des stocks d'or, alors qu'ils reçoivent maintenant deux tiers des bénéfices de la BNS.

DÉBAT DEPUIS DOUZE ANS

La vente de 1550 tonnes d'or par la Banque nationale (BNS) a fait grand bruit dans les années 2000. Les partis se sont déchirés pour savoir à qui attribuer les 21 milliards rapportés par l'opération.

L'UDC voulait tout donner à l'AVS, le Parlement a concocté un compromis prévoyant la création d'une Fondation suisse solidaire. Ces deux solutions ont échoué en votation populaire en 2002.

Ministre des finances à l'époque, Hans-Rudolf Merz a ensuite imposé sans autre forme de procès sa solution: donner deux tiers de la manne aux cantons et un tiers à la caisse fédérale. Ce qui lui a valu beaucoup de critiques.

L'AVS n'est finalement pas repartie les mains vides: elle a obtenu les 7 milliards attribués à la Confédération. Ce compromis a été trouvé pour répondre à une initiative de la gauche portant sur la répartition des bénéfices de la Banque nationale et rejetée en 2006.

Ecopop: votation populaire du 30 novembre 2014

Le 30 novembre prochain, le peuple se prononcera sur trois initiatives populaires. L’initiative Ecopop, officiellement intitulée "Halte à la surpopulation - Oui à la préservation durable des ressources naturelles", veut limiter en Suisse la croissance de la population résidante permanente issue de l’immigration à 0,2% par an et promouvoir la planification familiale dans le cadre de l’aide au développement. Le résumé de l'argumentaire* est le suivant:

PARTISANS DE L'INITIATIVE OPPOSANTS À L'INITIATIVE

...éviter que la Suisse deviennent une mégapole
Les partisans de l'initiative Ecopop craignent que la population ne finisse pas dépasser les ressources du pays. Ils décrivent une Suisse mégapole, avec une nature bétonnée, des problèmes de trafic, des hausses de loyers, etc.

Selon eux, la taille maximale du pays est de 9 millions d'habitants. Ils prévoient qu'au rythme actuel, la population suisse pourrait atteindre 12 millions en 2050.

... de trop grands risques pour l'économie
Les opposants au texte avancent d'abord des raisons économiques. La marge de manoeuvre des entreprises serait nettement réduite, puisqu'elles ne pourraient plus recruter hors des frontières en cas de boom économique, s'inquiètent-ils. De même, les syndicats craignent un dumping salarial, puisque les employeurs pourraient être tentés d'employer des résidents de courte durée ou à des frontaliers, avec une forte pression sur les conditions de travail.

Pour ses opposants, l'initiative ne résout aucun problème environnemental. Malgré son titre qui évoque la préservation des ressources naturelles, elle ne propose aucune solution pour lutter contre la consommation excessive d'eau, de sol ou d'énergie par personne.

* source: rts

Philippe Roch, du comité d’initiative, répète à l'envi que si on avait appliqué cette limite de 0,2% à l’année 2013, "cela aurait permis l’arrivée de 96'000 nouveaux étrangers". Pour lui, "ce n'est donc pas une fermeture des frontières!"

"Cette initiative fixe des limites très rigides: 0,2 % par année d’immigration nette, cela fait environ 17'000 personnes", a dénoncé de son côté Simonetta Sommaruga lors du lancement de la campagne du gouvernement contre le texte.

96'000? 17'000? La différence est importante et s'explique par le fait que les deux camps ne font pas le même calcul.

Année 2013 Scénario écopop

Arrivée
d'étrangers
(167k)



Départ à
l'étranger
(78k)

 

 

 


Arrivée
d'étrangers
(96k)

 


Départ à
l'étranger
Solde (augmentation)
de la population

Solde de la population
(augmentation de 17k)

Avec 8 millions d’habitants, l’initiative Ecopop autoriserait une augmentation nette de la population d'un peu plus de 16'000 étrangers (0,2% de 8 millions), exactement ce que dit la conseillère fédérale. Un solde migratoire qui représente la capacité de la moitié du stade de Suisse.

Pour aller + loin:

Revenu national ou PIB? Le miroir tendu à la Suisse reflète des réalités opposées

Source: Le Temps, 16 octobre 2010

Les statistiques ne correspondent pas à la réalité, entend-on fréquemment. Les restaurants et les magasins ne donnent nullement l’impression de la grave crise économique évoquée par les banques centrales. Comment expliquer ce contraste? La réponse pourrait être fournie par le bulletin mensuel de statistiques de la BNS, qui vient de publier le revenu national (RN) de la Suisse en 2009. Celui-ci mesure la somme des revenus (salaires et produits de l’épargne) par les résidents pendant une période donnée.

Le revenu national suisse a augmenté de 10,5% en termes réels en 2009. Il diverge donc complètement avec le PIB réel puisque ce dernier a baissé de 1,9%. Pourquoi cette différence et quelle est la meilleure mesure de notre situation?

Le poids décisif des filiales de grandes banques

Dans la plupart des pays, l’écart entre les deux indicateurs est mince. Tel n’est pas le cas Suisse en raison du poids du secteur bancaire, selon Urs Müller, directeur général de BAK Basel Economics. L’essentiel des revenus de l’épargne à l’étranger ne correspond pas aux dividendes et intérêts des résidents suisses, mais bien davantage des bénéfices des filiales des banques suisses. C’est pourquoi la baisse du revenu national a précédé celle du PIB durant la crise. Les mauvais résultats des grandes banques à l’étranger se sont traduits par une baisse du revenu national réel dès 2007 (-1,9%) et surtout en 2008 (-6,2%). Par contre l’économie non-financière a connu une assez bonne année 2008 (+1,9%) avant de tomber en récession en 2009 (-1,9%). En termes nominaux, on observe d’ailleurs une hausse du PIB de 4% en 2008 et une baisse de 4% du revenu national.

Vers une hausse de 6 à 7% en 2010

En 2010, Urs Müller s’attend à une hausse de 2,7% du PIB réel suisse et de 3% du PIB nominal. Le revenu national nominal devrait progresser encore davantage et croître d’environ 6 à 7%. La meilleure mesure de notre santé économique dépend de l’optique choisie, selon Urs Müller. Si notre attention porte d’abord sur le pouvoir d’achat des résidents, mieux vaut se concentrer sur le revenu national. La règle ne vaut que partiellement pour notre pays à cause du poids des filiales étrangères des grandes banques, parfois très positif et parfois très négatif. Mais pour 99% des Suisses, le pouvoir d’achat ne dépend en rien des filiales d’UBS ou de Credit Suisse. Si l’observateur est à la recherche d’une évaluation d’un pays à court terme, il choisira plutôt le revenu national. Mais le PIB est un meilleur indicateur de la compétitivité d’un pays à long terme, selon Urs Müller. Si une personne hérite, son revenu à court terme va augmenter, mais sa compétitivité à long terme n’en sera pas modifiée.

En France, le rapport de la "Commission Stiglitz" préfère le revenu national au PIB parce que ce dernier évalue uniquement l’activité productive sur le territoire considéré alors que le RN intègre les revenus des capitaux à l’étranger et les salaires des résidents qui travaillent à l’étranger.

Le débat rappelle l’intervention d’Ulrich Kohli, alors chef économiste de la BNS. En 2005, les agences avaient annoncé que le revenu irlandais par habitant dépassait celui des Suisses. Ulrich Kohli avait exprimé son scepticisme et souligné l’endettement de l’Irlande. L’actuel professeur à l’Université de Genève avait essuyé une pluie de critiques, en Irlande bien sûr, mais aussi en Suisse.

 

L’économie mondiale, à la merci des esprits animaux?

Source: Wikimedia / Cliff - Arlington, Virginia, USA

En 2009, alors que l'économie mondiale vivait l'un des reculs les plus importants depuis la Grande Dépression, de nombreux économistes et observateurs se sont posé les mêmes questions: que s'est-il passé? Pourquoi n'avons-nous pas été capables de prévenir une telle crise? Comment éviter que cela se reproduise?

Seul un petit nombre d'économistes avait prédit un tel désastre, et parmi eux figurent Robert Shiller et George Akerlof. Dans leur livre «Les esprits animaux - Comment les forces psychologiques mènent la finance et l'économie», ces deux économistes apportent un point de vue original sur les crises monétaires et financières de ces dernières années. Il est essentiel, selon eux, d'intégrer des facteurs psychologiques dans la modélisation économique du comportement humain afin de mieux comprendre les fluctuations économiques.

Les esprits animaux

La théorie économique traditionnelle considère chaque décision comme le fruit d'un calcul rationnel pesant le pour et le contre. Elle ignore ainsi toute action induite par les émotions. Ces dernières ont été surnommées les «esprits animaux» («animal spirits» en anglais) par le célèbre économiste John M. Keynes. En remettant sur le devant de la scène l'influence des sentiments et émotions dans les actions humaines, Robert Shiller et George Akerlof apportent une perspective différente de la théorie libérale.

Grâce à de nombreuses anecdotes et exemples, ils permettent de comprendre facilement chacun de leurs arguments. Ils décrivent, par exemple, que toutes les décisions importantes qu'a dû prendre le PDG de la multinationale General Electric venaient «directement de l'estomac» (ce qui est bien éloigné du processus rationnel traditionnellement supposé).

Cet ouvrage est divisé en deux parties. La première caractérise les cinq éléments des «esprits des animaux», soit: la confiance, l'équité, la corruption et la mauvaise foi, l'illusion monétaire et les histoires. Tandis que la deuxième partie comprend huit questions/réponses, dévoilant ainsi le rôle de ces fameux «esprits». Au fil des chapitres, on apprend notamment pourquoi les économies connaissent des dépressions, la raison de la présence du chômage, ou encore des réponses sur le pouvoir des banques centrales et le caractère aléatoire de l'épargne.

Pourquoi les marchés immobiliers procèdent-ils par cycles?

La récente bulle immobilière américaine offre une parfaite illustration de la présence (et du déchaînement) de quatre des cinq «esprits animaux». Tout commence par la forte hausse des prix des biens immobiliers (qui ont presque doublé en 10 ans). La population commence alors à penser que l'immobilier ne peut être qu'un bon investissement: après tout, une maison, c'est quelque chose de tangible. La croyance d'un marché immobilier en hausse continue est alors devenue une histoire acceptée par l'opinion, renforçant ainsi la demande de ces biens.

Une des explications de cette croyance erronée est l'illusion monétaire, soit la non-prise en compte de l'inflation dans les calculs. Les gens ont tendance à se rappeler du prix de leur maison, mais ne le comparent pas au prix des autres biens à la même époque. L'appréciation réelle du prix de la maison s'avère donc bien plus faible que l'augmentation nominale.
Le scandale d'Enron en 2001 (une affaire de corruption, où une comptabilité créative a permis de soutenir artificiellement les bénéfices) a également plongé Wall Street dans une crise de confiance, incitant ainsi les investisseurs à se rabattre sur «la pierre», alors considérée comme un investissement peu risqué. L'émergence des prêts «subprimes» a accentué (puis fait éclater) la bulle immobilière.

La confiance, la corruption, l'illusion monétaire et les histoires ont donc ainsi, irrationnellement, renforcé les fluctuations sur le marché immobilier.

La mort de l'homo œconomicus aurait-elle sonné?

Le futur étant par nature incertain, il semble tout à fait pertinent de considérer des facteurs non-rationnels afin de mieux comprendre les fluctuations. Cependant, même si l'argumentation tout au long des chapitres est convaincante, un doute persiste quant à son application globale. Les recommandations pratiques évoquées sont, en effet, plutôt vagues et peu concrètes.
De plus, les auteurs affirment que le rôle du gouvernement est d'agir comme des parents, imposant les limites nécessaires afin que leurs enfants n'abusent pas de leurs «esprits animaux». Ce qui s'impose comme un frein aux libertés individuelles. Mais nous sommes en droit de nous poser la question suivante: le gouvernement serait-il plus sage et moins sujet à ces «esprits animaux» que ses électeurs? Chaque crise nous rappelant les limites de la rationalité, ce livre permet de mieux en comprendre les limites et apporte ainsi une vision plus humaine du monde.

Pour aller + loin:

  • Dossier «Crise financière 2007/2008» par iconomix
  • G. Akerlof. R. Shiller. Les Esprits Animaux: Comment les forces psychologiques mènent la finance et l'économie. Paris. Flammarion. coll. «Champs Essais». (2013)
  • Alternatives Economiques. Les esprits animaux. Comment les forces psychologiques mènent la finance et l'économie par George A. Akerlof et Robert J. Shiller. (11.2009)

La Suisse: leader mondial de la compétitivité

Trois publications tendent à le démontrer...

Ranking du WEF

wefPour la sixième année consécutive, la Suisse est classée au premier rang de la compétitivité mondiale par le Forum économique mondial (WEF). Si ses performances sont très stables d'une année sur l'autre, des nuages assombrissent toutefois l'horizon, avertit l'organisation sise à Cologny (GE). Comme les années précédentes, l'économie helvétique profite de la transparence de ses institutions, de ses capacités d'innovation et de recherche, de l'excellente coopération entre le privé et le public. L'efficacité de son marché du travail, son système éducatif, ses infrastructures développées complètent ce tableau d'excellence.

Le WEF lance en même temps cette année une mise en garde. Les difficultés croissantes éprouvées par les entreprises et les instituts de recherche à trouver du personnel qualifié représentent une menace pour sa compétitivité future. Comme l'an dernier, Singapour est au 2e rang du classement du WEF. Au 3e rang, les Etats-Unis ont progressé de deux places. Ils devancent désormais la Finlande et l'Allemagne, qui perdent chacune une place.

Classement de l'IMD

imdFace à une zone euro encore convalescente, la Suisse renforce encore davantage son image de petite nation compétitive et résiliente. Ce constat ressort du rapport annuel de la compétitivité 2014 de l'IMD publié en mai.

En comparaison internationale, les forces de la Suisse demeurent inchangées: qualité de vie et résilience de l'économie, cohésion sociale, diversification, finances publiques gérées efficacement, adaptabilité des entreprises face aux changements du marché ou encore un système de valeurs qui soutient la compétitivité. Du côté des points négatifs, le franc fort entrave toujours la compétitivité des entreprises. Le pays fait aussi face à une perte d’attractivité, avec un flux d'investissement étrangers en baisse et une certaine imprévisibilité du droit.

 

Classement du Wall Street Journal et de la Foundation Heritage

wsjHong Kong, Singapour, l'Australie, la Suisse et la Nouvelle-Zélande sont les cinq Etats les plus favorables à la liberté d'entreprendre, selon un classement annuel publié en janvier par le Wall Street Journal et la Heritage Foundation. Viennent ensuite notamment le Canada (6), les Etats-Unis (12) et le Royaume-Uni (14).

Hong Kong, à la tête de ce classement pour la 20e année consécutive, doit son rang à la liberté de commerce et d'investissement, conjuguée à une faible pression fiscale, qui y prévalent. Seuls trois pays européens figurent dans les dix premiers du classement, la Suisse étant la mieux placée devant l'Irlande et le Danemark. La Confédération obtient en outre sa meilleure position en vingt ans de classement.

Poids lourd européens, l'Allemagne occupe la 18e place. La France est elle moins bien notée que la Turquie (64e) ou la Roumanie (62e) et pointe au 70e rang mondial. La Corée du Nord obtient la plus mauvaise note du classement, après Cuba et le Zimbabwe.

Conséquence de la votation du 9 février dernier

"L'acceptation de l'initiative sur l'immigration de masse le 9 février n'a pas encore eu de conséquences sur la compétitivité de l'économie suisse. Nous ne savons pas encore comment elle sera appliquée", a expliqué Thierry Geiger, économiste et directeur au WEF. "Toutefois, la multiplication des initiatives populistes pourrait mettre en danger la capacité de la Suisse à innover en attirant les talents. Si on limite à l'avenir l'accès au marché du travail, il pourrait se produire un manque de compétences. C'est un défi important à relever", avertit-il.

source: rts/ats

La BNS défend son taux plancher

Source: Bilan, 23 juin 2014

La Banque nationale suisse ne veut pas modifier sa stratégie face à l’euro, un instrument clé pour assurer la stabilité des prix. Rencontre à Tokyo avec son président Thomas Jordan.

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La Banque nationale suisse (BNS) ne changera pas son fusil d’épaule, près de trois ans après la fixation du taux plancher minimal de 1,20 franc pour un euro. Thomas Jordan, président de la BNS, a défendu cette stratégie lors d’une conférence organisée le 30  mai à Tokyo par la Chambre suisse de commerce et d’industrie au Japon. «Nous n’avons pas l’intention de mettre un terme à la politique monétaire de fixation du taux plancher. L’objectif de la BNS est de maintenir des conditions monétaires adéquates pour la stabilité des prix. Nous n’avons aucun calendrier de sortie du taux plancher minimal aussi longtemps que nous considérons que cet instrument monétaire est indispensable pour atteindre notre objectif. A court terme, cette stratégie ne changera pas», martèle le banquier central.

Pour soutenir ses propos, il souligne que l’inflation est proche de zéro en Suisse. Par conséquent, le risque d’une déflation est plus grand que celui d’une inflation trop élevée. «Le taux plancher est donc un élément clé de notre stratégie pour remplir notre mission», juge-t-il.

Deux monnaies refuges

Comparant l’économie japonaise et suisse, Thomas Jordan a souligné plusieurs points communs. Tout d’abord, une inflation peu élevée. Ensuite, le franc suisse et le yen jouent le rôle de monnaie refuge et s’apprécient face aux autres devises lorsque l’instabilité économique s’accroît.

Toutefois, la Suisse reste nettement plus exposée aux fluctuations des taux de change que l’archipel. Les exportations représentent 50% du PIB helvétique, contre moins de 20% pour le Japon, les importations respectivement 40% et moins de 20%. Enfin, les taux d’intérêt des deux pays fluctuent de manière assez similaire depuis la crise financière de 2007.

Dans cet environnement, la BNS est-elle confrontée aux mêmes défis que la Banque du Japon (BoJ)? Selon Thomas Jordan, les deux institutions doivent faire face à une augmentation rapide des actifs au bilan. Pour la BNS, ils représentent aujourd’hui 80% du PIB helvétique, contre 40% du PIB nippon pour la BoJ.

«Les actifs sont toutefois différents. La BoJ a lancé divers programmes de rachat d’obligations d’Etat. Nous ne pouvons mener cette politique, car ce marché est trop petit en Suisse. Nous privilégions donc l’achat de devises étrangères que nous devons investir de manière très attentive afin de ne pas perturber certains marchés», explique-t-il. Il ajoute: «Le risque de pertes sur l’euro et l’or au bilan de la BNS existe. Nous ne savons pas comment leurs cours évolueront, mais nous devons supporter ces risques pour pouvoir être en position d’assurer notre politique monétaire de stabilité des prix.»

L’inflation à tout prix

Si le taux zéro est commun aux deux institutions, en revanche, la politique d’assouplissement quantitatif et qualitatif de la BoJ tranche avec la stratégie de la BNS. Pour Thomas Jordan, d’une part, le taux plancher est privilégié, soit une politique monétaire traditionnelle. D’autre part, l’institution doit empêcher une augmentation des crédits hypothécaires qui pourraient poser problème en matière de stabilité financière.

«Nous pourrions augmenter les taux d’intérêt, mais cela aurait un effet négatif sur la stabilité des prix. Nous utilisons donc actuellement des instruments macroprudentiels. Nous augmentons les exigences de capitaux propres pour les banques afin de maintenir la stabilité financière», souligne Thomas Jordan.

En définitive, le banquier central estime que le plus gros challenge de la BoJ est d’atteindre une inflation durable de 2%. Pour la BNS, il s’agit au contraire de maintenir une stabilité des prix. Après plus de quinze ans de déflation, la tâche de l’institution monétaire nippone semble plus complexe que celle de la BNS.

Lire également l'article récent de la RTS sur le sujet.

La croissance économique en Suisse stagne

Le produit intérieur brut (PIB) réel est resté inchangé par rapport aux trois premiers mois de l'année. Il a augmenté de 0,6% en glissement annuel.

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La Suisse a enregistré une croissance économique nulle au deuxième trimestre 2014. Les impulsions positives apportées par la consommation privée ont été contrecarrées par la contribution légèrement négative de la balance commerciale des marchandises et des services, a indiqué ce mardi 2 septembre le Secrétariat d'Etat à l'économie.

A titre de comparaison, la croissance de l'économie helvétique a nettement ralenti en glissement annuel, le PIB affichant un taux de 2,1% au premier trimestre. Par rapport aux trois premiers mois de 2013, la croissance s'était inscrite alors à 0,5%, alors qu'elle est au point mort au 2e trimestre.

Les prévisions conjoncturelles pour l'économie suisse sont, selon les experts du secrétariat d'Etat à l'économie SECO, les suivantes:

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La rareté: trois articles pour comprendre la problématique

En l'économie, la notion de rareté est une référence fondamentale: pour les uns, "l'économie est la lutte contre la rareté " quand pour d'autres, "l'économie est l'affectation de ressources rares à des usages alternatifs "... ce qui reviens finalement au même; en effet la rareté implique toujours une "tension" entre besoins et ressources pour les satisfaire! Au travers de ces trois articles, nous vous proposons d'aborder cette thématique sous différents angles; en partant d'un marché du poisson à Saint-Louis, au Sénégal, à l'économie de la violence à travers le monde.

 

Rareté du poisson à saint-louis

Source: rédaction de lasignare.com

Le règne du poisson-roi qui garnissait les étals des revendeuses installées derrière la Place Abdoulaye Wade est fini. Les espèces halieutiques qui foisonnaient sont devenues très rares sur le marché local, faisant que même le poisson fumé et/ou séché arrachent la vedette ; quoique leurs prix aient flambé.undefined

Durant la journée, les revendeuses attendent une hypothétique cargaison de poisson qui n’arrive jamais. Il faut noter que les piroguiers qui pèchent sur le plan d’eau préfèrent écouler eux même leurs prises pour s’assurer un maximum de bénéfice. Et comble de difficultés, ils servent en premier leur fidèles clients ou habitués. Ce qui fait que l’approvisionnement en poisson est devenu de plus en plus hypothétique pour les ménagères. Ces dernières d'ailleurs sont obligées de faire une véritable gymnastique afin de concocter un repas "mangeable" pour leur famille. Du coup, le "thébou dieune" jusqu’ici plat quasi invariable de plusieurs ménages Saint-Louisiens est devenu un mets de prestige pour beaucoup. En ces temps qui courent, ces espèces de poisson ont tous unanimement déserté leurs différents lieux de vente.

Même le "yaboye" qui, naguère était juste bon pour relever la saveur du plat a pratiquement disparu des étals. Le produit est devenu rare et les prix ont connu une flambée vertigineuse. "J’ai acheté hier un tas de trois yaboye à 400.-, alors qu’on pouvait en trouver à 100 ou 150 francs", a lâché Maïmouna Sow. La vendeuse Aïssatou Dièye, juge normale que le produit ait connu une flambée, car étant devenu presque introuvable. "Ma congénère et moi avons acheté la caisse de yaboye à 15'000.- Chacune a casqué 7'500.-".

Cheikh Sidati Dièye membre du conseil national interprofessionnel des pêcheurs artisanaux du Sénégal explique cette rareté du produit par la période qui n’est pas favorable à la pêche, pour les grandes pirogues. "Les grandes pirogues ne vont pas en mer depuis plusieurs semaines parce que les prises sont rares et moins bonnes. C’est naturel, c’est la période. Ce qui fait que ce sont les petite pirogues qui se lancent dans les eaux pour essayer de pêcher le menu fretin", a-t-il souligné.

Il faut noter aussi que cette rareté du poisson coïncide avec la période des vaches maigres. Ce qui fait que même la viande n'est plus tout à fait à la portée de toutes les bourses, quand on en voit. Ce qu’on retrouve sur le marché ce sont des produits visqueux, osseux et flasques ; sans une once de graisse, les parties moins nobles de l’animal qui coutent les yeux de la tête.

 

"Gazon contre dollars": la chasse aux pelouses est ouverte en Californie

Source: rtbf.be/AFP, 4 août 2014

Les pelouses verdoyantes, symbole de l'"American Way of life", sont en train de devenir indésirables en Californie où sévit une extrême sécheresse et où des programmes "gazon contre dollars" se multiplient.

"Les gens oublient que nous habitons dans le désert. Pourquoi est-ce qu'ils veulent tant que ça ressemble aux grandes plaines du Midwest?", s'interroge Larry Hall, un musicien de jazz, en train d'arracher la pelouse devant sa maison de Los Angeles pour y installer un jardin plus écolo.

"Nous y pensions depuis longtemps, nous avions déjà demandé des estimations à des paysagistes, mais c'était trop cher", ajoute son épouse Barbara Hall. Le programme "gazon contre dollars" de la ville de Los Angeles leur a permis de franchir le pas.

La municipalité offre trois dollars par tiers de mètre carré remplacé par des pierres, galets, paillis, cactus, plantes grasses et autres herbes méditerranéennes économes en eau.

Ces programmes se multiplient ailleurs en Californie, où une grave sécheresse sévit depuis trois ans, mettant à mal les nappes phréatiques souterraines, les réservoirs et menaçant l'approvisionnement en eau de ses 38 millions d'habitants.

Le gouverneur de l'Etat, Jerry Brown, a pris il y a deux semaines des mesures d'urgence visant particulièrement l'arrosage des pelouses, avec interdiction de les arroser plus de deux fois par semaines ou d'avoir des systèmes de jets automatiques qui giclent sur les trottoirs ou les allées.undefined

Dans la presse locale, les courriers de lecteurs et éditoriaux se multiplient pour demander d'interdire l'arrosage des pelouses et encore plus des golfs, alors même que les agriculteurs sont soumis à des restrictions.

En attendant, le gouverneur de Californie s'est contenté d'interdire temporairement les amendes imposées par certaines municipalités ou associations de propriétaires aux fâcheux qui laissaient leur pelouse jaunir pendant l'été, au risque de faire tâche dans un quartier coquet.

"Dans les années 50,60, il y avait l'image traditionnelle de la maison style ranch avec la pelouse et tout...(...) Je pense qu'il faut juste qu'on passe à autre chose", estime Anne Philips, paysagiste spécialisée dans les jardins écolo, embauchée par Barbara et Larry Hall.

Pour elle, les programmes "gazon contre dollars" sont une aubaine: ils ont dopé de 30% l'activité de son entreprise, (GoGreenGardeners.com).

Elle remplace les jets d'arrosage qui entraînent une forte évaporation et déperdition d'eau par des systèmes posés directement au pied des plantes et qui arrosent avec parcimonie et précision.

Ses jardins "écolo" privilégient les plantes succulentes, les aromates, la lavande, les agaves, etc. "Ca n'a pas besoin d'être ennuyeux ou laid, ni de piquer!", assure la paysagiste.

Prise de conscience environnementale ou factures d'eau en hausse exponentielle, les jardins secs et désertiques gagnent en tout cas du terrain à Los Angeles où ils se multiplient dans les quartiers chics, même s'ils ne font pas encore l'unanimité.

"J'ai reçu une lettre anonyme me demandant d'enlever tout ça, mais alors que j'avais commencé à enlever certains arbustes, un voisin m'a enjointe d'arrêter, affirmant que mon jardin était son préféré du quartier", s'amuse Stéphanie Pincetl, chercheuse et professeur de l'Institut d'études environnementales de l'université UCLA, interrogée par l'AFP devant le jardin écologique luxuriant.

Pour elle, pour inciter les "angelenos" et les californiens à économiser l'eau, il faut "deux compteurs d'eau. Un pour la consommation intérieure", l'eau que l'on boit, avec laquelle on cuisine et on se lave, et l'eau "extérieure, avec laquelle on arrose les pelouses, et dont le prix doit refléter la rareté de l'eau".

 

L’économie de la violence

Source: conseiller.ca, rédigé par Bruno Geoffroy le 24 août 2014

undefinedVieillissement de la population, progrès technique en berne et rareté de l’épargne, ces pressions modifient le cours de l’économie mondiale. Dans son livre Un monde de violences, Jean-Hervé Lorenzi explore ces nouvelles contraintes qui pèsent sur l’avenir des sociétés humaines et s’ajoutent à l’explosion des inégalités, à la financiarisation et la délocalisation des entreprises. Depuis Paris, l’auteur a répondu aux questions de Conseiller.ca.

Conseiller.ca : Le titre de votre livre, "Un monde de violences, l’économie mondiale 2015-2030" est pour le moins pessimiste. L’augmentation des violences est-elle inéluctable dans les 15 années à venir?

Jean-Hervé Lorenzi : Les problèmes démographiques, énergétiques, de délocalisation et les difficultés de régulation de la finance sont des sujets qui, pris isolément, peuvent bouleverser le monde. C’est d’autant plus vrai s’ils sont pris dans leur ensemble. Aujourd’hui, les économistes et politiques occidentaux sont confrontés à des mondes dont ils ne savent plus comment ils vont fonctionner. Et, dans ces moments-là, il y a toujours beaucoup de tensions, de violences sous-jacentes, car il n’y a plus de référence. L’Histoire nous l’indique : c’est une période dangereuse. Elle fait suite à la difficulté d’imaginer un monde nouveau à partir de la crise de 2007. Après 2007, il y a eu deux utopies : l’utopie de la gouvernance mondiale et celle de la régulation de la finance. Ni l’une ni l’autre n’ont été mises en œuvre, elles sont restées des utopies.

C.ca : Selon vous, la révolution cybernétique (diffusion de l’ordinateur et invention d’Internet) n’est pas une révolution industrielle comme ce fut le cas avec l’électricité ou le moteur à combustion. Vous parlez même de "grande panne du progrès technique". Quelles sont les causes d’un tel ralentissement? Est-il annonciateur de futures guerres économiques entre pays qui sauront résoudre l’équation technique et ceux qui ne le pourront pas?

J.-H. L. : En réalité, les grandes révolutions industrielles bouleversent à la fois la nature de la consommation et la manière de produire les objets avec des gains en productivité gigantesques. Même si Internet est important, on ne constate pas aujourd’hui de gain de productivité dans les pays occidentaux. Votre tablette vous sert à regarder des séries ou à acheter votre billet d’avion sur Internet par exemple, mais cela n’a pas changé la nature même de la consommation. Cela n’a pas changé la face du monde comme ont pu le faire l’électricité et la machine à vapeur. Les modes de distribution ont été modifiés (achat sur Internet), les modes de consommation, eux, n’ont pas varié. On a l’impression d’avoir beaucoup progressé, mais en réalité, pas tant que ça. Le jour où on saura stocker de l’énergie, où on aura réellement des voitures électriques sur les routes, on changera de monde. Dès qu’un grand choc technologique se fera sentir, il y aura une bataille de pouvoir entre pays. Cela a toujours été le cas dans l’Histoire. Mais avant cette étape, nous vivrons une période de tensions où l’on observera la montée des populismes et des intégrismes. En Europe, c’est déjà évident.

"La malédiction du vieillissement"

C.ca : Dans votre livre, le chapitre 2 s’intitule La malédiction du vieillissement. Pourquoi ce vieillissement de la population donnera-t-il lieu à des tensions entre générations, à des "conflits"?

J.-H. L. : Pour trois raisons. La première : la santé et la retraite coûtent cher aux sociétés. La seconde : les sociétés vieillissantes sont peu innovatrices et exacerbent l’envie des jeunes. Nous aurons besoin de beaucoup investir dans les années qui viennent si nous voulons voir se rapprocher cette période de révolution industrielle. Et, dans les faits, l’argent et le patrimoine sont dans les mains des plus de 60 ans (NDLR vrai pour tous les pays de l’OCDE), des gens qui ont une aversion au risque et n’ont pas envie d’investir. Nous avons un problème de rareté de l’épargne utile, celle qui permet de prendre des risques.

C.ca : Dans votre livre, vous identifiez la raréfaction de l’épargne, traditionnel carburant de l’économie, comme l’une des nouvelles contraintes susceptibles de déterminer la trajectoire de l’économie mondiale. Quelles sont les conséquences d’un manque d’épargne disponible?

J.-H. L. : Prenez le cas des États-Unis. Toute une partie du financement de l’investissement s’est fait grâce à l’épargne mise à disposition par les pays émergents, notamment la Chine. Ce phénomène va diminuer au fur et à mesure que les classes moyennes de ces pays vont consommer plus et disposer de moins d’épargne. À terme, l’épargne utile, prête à prendre des risques, sera plus rare. Les États ou les collectivités devront alors accepter de partager les risques et/ou de stimuler très fort fiscalement toute l’épargne afin de pouvoir investir. En Europe, le besoin en investissements est de 2000 milliards d’euros que ce soit pour les technologies, les autoroutes, les universités, les hôpitaux, etc. Personne ne prendra ce risque s’il n’est pas garanti. Deux possibilités : soit c’est le déclin, car on n’investit pas assez, soit c’est le retour de l’État.

"Tout le contrat social d’après-guerre est en train d’exploser."

C.ca : Aujourd’hui encore, les inégalités de revenus sont telles que les classes moyennes continuent de s’endetter pour se maintenir à flot. En 1928 comme en 2007, 1 % des Américains détiennent 23 % des revenus. Pourra-t-on y remédier un jour?

J.-H. L. : Je ne crois pas. Il est anormal de trouver des chiffres comme en 1928. Dans tous les pays développés, les 1 % les plus riches se délocalisent (sauf aux États-Unis où ils risquent de perdre la citoyenneté) pour ne pas payer trop d’impôts. Tout le contrat social d’après-guerre est en train d’exploser. Quant à réduire les inégalités, c’est un problème politique. Ce qui est sûr, c’est que si elles continuent à se creuser au même rythme, cela va mal finir dans les 10 ou 15 prochaines années.

C.ca : Selon vous, comment pourra-t-on éviter ce que vous qualifiez de grande crise du 21e siècle?

J.-H. L. : Je pense qu’il faut essayer de séparer la finance utile, dédiée à la croissance économique et à la production de richesse, de l’industrie financière qui est déjà autonome. Il faudra aussi réinventer des modèles de finances de partage de risques et résoudre un problème majeur : nourrir 2 milliards de personnes de plus en 2050. Or, 70 % des terres arables sont en Afrique. Financer la recherche de l’eau est incontournable.

Pourquoi l’économie française a du mal à redémarrer

Par Marie Dancer, publié le 25 juin 2014 dans le journal La Croix

Dans sa note de conjoncture publiée le mardi 24 juin dernier, l’Insee réaffirme que la reprise française reste encore modeste. Tous les indicateurs stagnent ou progressent trop peu. Pour expliquer cette situation, les experts de Bercy ont identifié quatre freins à l’activité.

Voilà plusieurs mois que l’Insee le répète : la reprise est une réalité en France, mais elle reste très modeste. Après le patinage du début d’année (+ 0 % au premier trimestre), l’activité tricolore devrait enregistrer un léger rebond, pour terminer l’année avec une croissance de 0,7 % (+ 0,4 % en 2013). Seulement voilà, cette reprise demeure insuffisante pour endiguer le chômage.

Autre préoccupation : les finances publiques nationales. En effet, si la prévision de l’Insee se réalise (0,7 % de croissance cette année), et non celle du gouvernement pour bâtir son budget (1 %), cela « creusera mécaniquement le déficit budgétaire de 0,15 point, soit 3 milliards d’euros », explique Jean-Christophe Caffet, chez Natixis.

En outre, le scénario dépressif de déflation (baisse durable du niveau général des prix) menace toujours. Enfin, si cette reprise « ne décolle pas », comme l’affirme l’Insee, c’est aussi parce qu’elle ne parvient pas à surmonter quatre freins très puissants, qui expliquent pourquoi l’économie tricolore a autant de mal à repartir.

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1. LA PANNE DU SECTEUR DE LA CONSTRUCTION

C’est l’un des principaux points faibles qui tirent la France vers le bas, souligne l’Insee. L’activité du secteur de la construction est en recul constant depuis de nombreux mois : – 0,3 % fin 2013, – 1,5 % début 2014, et la tendance devrait se poursuivre au deuxième et au troisième trimestre, avant de se stabiliser.

Les travaux publics engagés dans la perspective des élections municipales appartiennent désormais au passé. Les chantiers d’entretien et d’amélioration du logement souffrent, eux, de la hausse de la TVA de 7 à 10 %. Et dans le même temps, le nombre de mises en chantier de logements neufs n’a cessé de se replier, pour atteindre son plus bas niveau depuis quinze ans, parce que les ménages ont diminué leurs dépenses.

« Cette atonie de la construction représente 0,4 point de PIB en moins cette année pour la France, soit la moitié de notre écart de croissance avec l’Allemagne », calcule Laurent Clavel, de l’Insee. Or, ce secteur produit, en France, 5 % de la richesse nationale et pèse 6 % des emplois. À quoi il faut ajouter les effets d’entraînement, à la hausse ou à la baisse, sur d’autres branches – immobilier, services financiers…

2. UN POUVOIR D’ACHAT ENCORE TROP MODESTE

Alors que la consommation des ménages est le principal moteur de l’économie française, le pouvoir d’achat fait partie des indicateurs clés à surveiller. Il devrait reprendre des couleurs cette année (+ 0,7 %), après une année noire en 2012 (– 0,9 %) et une stagnation en 2013.

Trois raisons à cela : les prélèvements obligatoires augmenteront moins que l’année passée, l’inflation devrait rester à un niveau très contenu (0,7 %) et les revenus d’activité vont progresser légèrement. Le salaire moyen réel par tête (déduction faite de l’inflation) devrait ainsi augmenter de 1 %, après 0,8 % l’an dernier. « Le pouvoir d’achat des ménages s’améliore, certes, conclut l’Insee, mais trop modestement pour conduire à une franche accélération de la consommation et pour empêcher l’investissement en logements neufs de continuer de se replier. »

La persistance d’un chômage élevé explique également la faible progression des rémunérations, du pouvoir d’achat et de la consommation. Seuls les contrats aidés du secteur public devraient contribuer positivement à l’emploi total en 2014, et ce malgré les 60 000 postes créés cette année par l’application du Cice (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). L’Insee prévoit d’ailleurs que le taux de chômage passera de 10,1 % aujourd’hui à 10,2 % en décembre.

3. L’INVESTISSEMENT DES ENTREPRISES RESTE AU POINT MORT

La confiance joue un grand rôle dans l’activité. Seules des anticipations positives peuvent conduire les ménages à consommer et les entreprises à investir. Or, ce mécanisme semble brisé en France, si l’on en croit le « climat des affaires » de l’Insee. Cet indicateur, qui mesure les perspectives des chefs d’entreprise, « stagne depuis neuf mois, en dessous de sa moyenne de longue période », commente Laurent Clavel, qui met en avant le « manque de dynamisme de la demande aux entreprises ».

Autre obstacle : le taux de marge des entreprises enregistre son plus bas niveau depuis 1985. Impossible, ou presque, d’investir lorsqu’une entreprise est privée de toute marge de manœuvre financière.

Les marges devraient néanmoins se redresser cette année, sous l’effet cumulé du Cice et des gains de productivité. « Cette année, le salaire moyen par tête augmentera moins vite que les gains de productivité », relève Laurent Clavel en insistant sur ce « fait très exceptionnel » pour un pays où, traditionnellement, les salaires ne s’ajustent pas, ou peu, lorsque la conjoncture se dégrade. Au final, sur l’ensemble de l’année 2014, « les dépenses d’investissement des entreprises rebondiraient modérément (+ 0,7 % après – 0,6 % en 2013), dans le sillage de l’activité ».

4. LA REPRISE DU COMMERCE MONDIAL NE PROFITE PAS BEAUCOUP À LA FRANCE

C’est le quatrième frein de l’économie française. La demande extérieure adressée à la France a reculé en fin d’année dernière, accentuant les pertes de parts de marché des entreprises tricolores, spécialement hors de l’Union européenne.

L’Insee prévoit que cette demande extérieure devrait se redynamiser cette année. Mais la France n’en profitera pas autant que possible. D’abord, parce que la tendance à la perte des parts de marché n’est pas encore inversée, assure l’Insee. Ensuite, ajoute-t-il, parce que l’euro fort affaiblit un peu plus les entreprises exportatrices françaises. « En moyenne, en 2014, la contribution du commerce extérieur à la croissance française serait nulle, après + 0,1 point en 2013. »

Lombard Odier: bénéfice net consolidé de 62,5 mio de CHF au 1er semestre

La banque privée Lombard Odier a réalisé au premier semestre un bénéfice net consolidé de 62,5 mio, a-t-elle annoncé. Le produit d`exploitation s`inscrit à 527,1 mio. C`est la première fois que la banque genevoise publie ses résultats, suite à son changement de structure juridique.

La somme du bilan s'élève à 17,1 mrd. Les actifs totaux de la clientèle représentent 211 mrd fin juin. Dans le détail, les avoirs totaux de la clientèle privée s`élèvent à 114,7 mrd. Les avoirs sous gestion provenant de la clientèle de gestion d'actifs (asset management) s`inscrivent à 47,8 mrd. Et les clients des services technologiques et bancaires ont confié 48,5 mrd d'actifs à la banque privée.

"Ces résultats sont en ligne avec nos attentes et sont le reflet à la fois des investissements que nous continuons de réaliser en vue d'atteindre nos objectifs stratégiques ainsi que de l`utilisation conservatrice de notre bilan", a commenté dans le communiqué l'associé-gérant senior Patrick Odier. Il a ajouté que le groupe "est de plus en diversifié, plus international et plus équilibré" entre ses trois segments.

Lombard Odier suit trois lignes de métier: la clientèle privée, la gestion d'actifs pour la clientèle institutionnelle et la plateforme technologique qu'elle fournit à des tiers, "qui connaît un grand succès", selon Patrick Odier.

Le groupe a décidé il y a plusieurs années d'accélérer le développement de ses activités liées à la clientèle privée en Europe, en Asie et en Suisse, ainsi que de renforcer son offre d'assez management. L'établissement bancaire a aussi transformé sa plateforme technologique en un centre de profit, a-t-il précisé dans son communiqué.

Les charges d'exploitations s`établissent à 429,7 mio CHF, et le ratio coût-produits s'élève à 80%. Cela reflète les investissements à long terme consentis dans les trois domaines d'activités.

Le ratio de fonds propres durs (CET1) est de 23,8%, soit nettement plus que les 12% demandé par la FINMA. Le ratio de liquidités à court terme est de 653%. L'objectif de Lombard Odier est de rester l`un des établissements bancaires les mieux capitalisés au monde.

Le groupe emploie environ 2000 personnes et possède un réseau de bureaux qui couvre 19 juridictions.

La banque privée Lombard Odier, fondée en 1796 et dirigée par huit associés, publie pour la première fois ses résultats. Depuis janvier 2014, la société faîtière du groupe est organisée sous la forme d`une société en commandite par actions (SCA). Les activités de la banque en Suisse sont menées sous la forme d`une société anonyme.

Source: swissquote - dg/mm, 28 août 2014

Pictet dévoile ses chiffres pour la première fois

par Ignace Jeannerat, Le Temps

Pour la première fois en 209 ans d’existence, changement de structure juridique oblige, le groupe Pictet livre au public et à la communauté financière qui a, pour l’occasion, les yeux grands ouverts sur la grande banque privée, ses principaux résultats financiers. Et les chiffres pleuvent: 975 millions de francs de produits d’exploitation, 247 millions de résultat opérationnel, 203 millions de bénéfice pour le groupe au premier semestre 2014 et une rentabilité des fonds propres de 17,6%. Et la liste des chiffres révélés pour la première fois continue: 34 milliards d’actifs au total du bilan au 30 juin 2014, 2,2 milliards de fonds propres, un ratio de fonds propres de première catégorie selon Bâle III à 21,7%, très nettement au-dessus des exigences minimales de Bâle III (4,5%) et de la Finma (7,8%). Et encore 9,4 milliards de liquidités et avoirs auprès des banques centrales, un ratio de liquidité à court terme de 166%. Même le taux de couverture de la caisse de retraite des employés des sociétés suisses est révélé: 116%.

Reprenons dans le calme cette volée de chiffres sortis des murs de banquiers privés et discrets à l’occasion de la première publication d’états financiers intermédiaires. Chez Pictet, au 30 juin 2014, les montants sous gestion s’élèvent donc à 404 milliards de francs, en hausse de 13 milliards. «Un résultat satisfaisant», qualifie Jacques de Saussure, associé senior. Ces montants se répartissent en trois tiers quasi égaux: la gestion de fortune (34%), la gestion institutionnelle (33%) et l’asset servicing, soit banque dépositaire, solutions liées aux fonds ou encore négoce (33%).

Les revenus des commissions et des prestations de service (828 millions de francs) représentent 85% des revenus opérationnels et couvrent 114% des charges totales avant impôts, relève la banque. A ces montants s’ajoutent 63 millions de résultat sur les opérations d’intérêt, une part qualifiée de «très faible dans nos revenus» par Jacques de Saussure.

Côté charges, les frais de personnel – 3611 collaborateurs en équivalant plein temps au 30 juin dont 2346 en Suisse – s’élèvent à 519 millions de francs et constituent 71% du total des charges avant impôts. Les autres charges d’exploitation s’élèvent à 185 millions de francs dont 40% liés à l’informatique et aux télécommunications.

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